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L'intelligence du stress

Posté le 31/05/2010 08:53 par Bernard78 arobaz Envoyer par mail

 

« L'intelligence du stress - Du stress à la confiance en soi » de Jacques Fradin et Maarten Aalberse (éd. Eyrolles - collect. « Mieux vivre avec les neurosciences » - 2008)

Méthode

« L'intelligence du stress - Du stress à la confiance en soi »
de Jacques Fradin et Maarten Aalberse + 3 autres experts (éd. Eyrolles - collect. « Mieux vivre avec les neurosciences » - 2008).

Le titre peut surprendre et je me suis d’abord demandé ce que pouvait apporter ce nouveau livre sur le stress... mais en avançant dans ma lecture, j’ai changé d’avis.

Ces travaux se situent dans le prolongement des travaux de H. Laborit, mais aussi ceux de Daniel Goleman (cf. Surmonter les émotions destructrices) et surtout ceux du chercheur en neurosciences A. Damasio.

Résumé : Le stress, réponse normale de défense à une agression, est un état de tension qui naît le plus souvent d'un regard inadapté porté sur une situation. Ce dysfonctionnement serait lié à une immaturité structurelle de notre cerveau et à un déficit de rationalité.  Le stress, tout comme les états anxieux et obsessionnels, pourraient donc être apaisés voire complètement vaincus en apprenant à rationnaliser ses pensées... mais en faisant appel à la partie préfrontale du cerveau : en effet, pour réduire le stress, il faudrait laisser passer de l'information du cortex préfrontal (zone de la pensée positive, mode mental intuitif ) vers le champ de la conscience, à savoir dans les régions les plus basses et plus profondes du cortex .
A
fin de retrouver calme et confiance en soi, les auteurs proposent donc une rééducation du cerveau (techniques et exercices) produisant plus de souplesse d'esprit et une meilleure adaptabilité.

En effet, dans la société moderne nos réactions de stress sont devenues inadaptées : selon les auteurs, on stresse plus souvent pour des "futilités" (subjectivité du stress cognitif) que pour des raisons de survie. Ce nouveau stress n'est donc plus déclenché pour des causes externes, mais bien souvent internes, qu'on ne parvient pas toujours à s'expliquer :

En fait, nous utilisons deux modes mentaux supérieurs complémentaires : l'un gère le simple et le connu, l'autre le complexe et l'inconnu.
Normalement, nous passons d'un mode à l'autre selon la situation...
mais il y a stress
lorsque l’homme n’utilise pas le bon mode mental (perception subjective).

Pourtant, en situation simple ou connue ou en situation d’urgence, la réaction de défense automatique et stéréotypée peut être efficace.
Mais dans les cas complexes ou dans toute situation nouvelle, inattendue et difficile, les moyens du mode automatique (1) sont dépassés, les réactions sont inadaptées  et c’est le stress !...


Le stress serait donc un signal d'alarme lancé par le cortex préfrontal, "sommet de l'intelligence humaine", lorsque nous persévérons dans un comportement inadapté ou incohérent.
Et ce conflit interne a lieu parce que c’est le mode automatique qui prend généralement le dessus !

Le préfrontal détecte des irrationalités et des incohérences dans nos comportements. Ce signal du préfrontal attire notre attention sur le fait que nous devons adapter nos conduites à des conditions nouvelles.
Ce signal du préfrontal veut donc dire qu'il y a des causes à trouver et à rationaliser. Mais ensuite, ce
qui permet de résoudre le problème et donc de réduire le stress, ce n'est pas trouver la cause, mais trouver... la solution !

Alors comment revenir au rationnel, au positif et à la créativité du mode préfrontal adaptatif (2) ?

Le problème, c'est que les émotions ne se commandent pas et le plus souvent, l'émotionnel l'emporte sur le rationnel. De même, le plus souvent c'est le mode automatique qui prend le dessus.
Ce qui explique qu'il soit si difficile de changer, de réduire son stress et de positiver par la seule force de la volonté (3).
Il est donc préférable d’éviter de lutter de front contre la cause du stress.
Autrement dit, certes on ne peut ni réduire son stress volontairement ni s'obliger à ressentir les choses de manière positive, en revanche nous pouvons faire en sorte de devenir, à notre insu, moins stressés et plus positifs :

La solution serait, d'une manière détournée, de "passer la main" (4) à notre cortex préfrontal (préfrontal, "sommet paradoxalement peu conscient de l'intelligence humaine", siège des fonctions supérieures et responsable d’un mode mental plus adaptatif ).

Ainsi, pour changer d’angle de vue afin d’accéder au mode préfrontal adaptatif, il s’agirait d'apprendre à identifier notre stress, de "comprendre le sens profond de son message" et de le dompter en apprenant à mieux recruter son cortex préfrontal. Ceci en développant six clés universelles, six attitudes, "capacités" ou états d’esprit bénéfiques face à toute forme de stress.

En fait, les auteurs
« décrivent comment adopter un état d'esprit qui facilite l'accès à l'intelligence préfrontale, seule capable de gérer les situations nouvelles ou complexes, les prises de risques ou plus encore les opportunités offertes par l'échec. Ce mode de pensée plus positif et plus adaptatif, est stimulé par les attitudes de curiosité, souplesse d'esprit, nuance, prise de recul, réflexion logique et recherche d'une opinion personnelle »  :

- curiosité, ouverture => être tourné vers la nouveauté, ouverture d'esprit, curiosité sensorielle
  (éviter routine et repli sur soi) ;

- acceptation => adaptation, fluidité, souplesse d’esprit, capacité à adopter un point de vue différent du sien => résoudre les paradoxes
  (éviter obstination et rigidité) ;

- nuance => affiner la perception de l’environnement, complexification => vision globale
  (éviter mesquinerie, simplifications, dichotomie et manichéisme) ;

- relativité des points de vue => prise de recul ; se remettre en question, éviter de rester figé sur une position acquise
  (éviter les certitudes et préjugés) ;
par exemple, le simple fait de remplir un questionnaire (évaluer son état d'esprit face à la situation stressante) amorce déjà une première prise de recul qui atténue le stress ;
- rationalité, réflexion logique (5) => adapter les moyens aux finalités (prise de décisions, résolution de problèmes)
  (éviter l'empirisme) ; le simple fait de rationaliser une situation peut apaiser le stress, même en l'absence de solution ;

- individualisation => liberté intérieure et souplesse relationnelle, opinion personnelle => faciliter la décision
  (éviter la préoccupation aliénante par le regard des autres, l'image sociale).


Activer une ou plusieurs de ces six facultés cognitives, permet de changer d’état d’esprit, d’entrer dans le monde préfrontal et de "faire revenir à la conscience toutes les ressources psychologiques dont nous disposons pour combattre ou diminuer le stress" tout en développant objectivité, ouverture, créativité, intuition, inspiration, joie, altruisme (6). "La préfrontalité, c'est être léger sans être insouciant" (7).

Mais attention. Nous l'avons vu, ce mode de connaissance supérieur, ce mode adaptatif (essentiellement intuitif (5)) n’est pas dominant et il ne se contrôle pas. Et c’est justement notre souci de vouloir contrôler qui bloque l’accès de cette inspiration préfrontale à notre conscience.


Alors comment accéder à notre inspiration préfrontale, comment activer une ou plusieurs de ces six facultés cognitives ?
Et bien, il est souvent préférable de ne pas lutter directement contre le problème : passer plutôt par des voies détournées qui commencent par le lâcher-prise (lâcher la mauvaise prise).

Donc pour mieux gérer l'imprévu (davantage de souplesse, de créativité et de sang-froid, voire de sérénité --même quand tout va mal--),
les auteurs proposent un ensemble de moyens indirects, d'exercices cognitifs et comportementaux, spirituels et philosophiques ou encore méditatifs (8)...
...que la sagesse, la science et la philosophie ont depuis longtemps explorés (10).


Notes :

(1) Le mode automatique, c'est celui du néocortex sensimoteur (gyrus cingulaire), de l'axe néo-limbique (spontanément conscient mais déforme la réalité selon ses croyances ou émotions) => ce mode est très utile dans les situations simples ou déjà connues ; mais attention à la rigidité, la résistance au changement, préjugés, intolérance, manichéisme, aliénation par le regard des autres et manque d'initiative, ou simplifications, court terme, premier degré, etc.

(2) Le préfrontal « permet de gérer le nouveau, l'inconnu, de prendre en compte la complexité de notre environnement  et d'introduire de nouveaux apprentissages. en cela, il est adaptatif ». « Le cortex préfrontal procède à un traitement inconscient et néanmoins intelligent des données qu'il reçoit : cette zone du cerveau a la capacité d'assimiler d'innombrables informations, de les intégrer, et de livrer un résultat brut qui nous apparaît tantôt sous la forme d'une intuition, tantôt d'un sentiment. [ ... ] le préfrontal s'adresse à nous par des "flashs", des intuitions diffuses, des pressentiments. [ ... ] En quelque sorte, le cerveau établit des statistiques hors du champ de la conscience ».
C'est ainsi que le cortex préfrontal intègre les valeurs émotionnelles aux connaissances et permet la prise de décisions, la prise de risque comme la responsabilité.
Le préfrontal  englobe donc toutes les fonctions du cerveau en fonctionnant selon un axe préfronto-reptilien, et en reliant directement les besoins biologiques internes avec l’adaptation externe à l’environnement (connexions directes et rapides du cortex préfrontal avec le cerveau reptilien !).
Autrement dit, cet axe "surdoué" préfronto-viscéral est au centre d'un réseau qui le relie en direct à toutes les parties du cerveau. Il traite "en temps réel" sensations et informations d'une façon globale par le canal de l'intelligence (base de connaissances ; traitement rationnel, global, synthétique, adapté, créatif, ouvert, évolutif...)
Cet axe, "lieu d'une certaine conscience étendue", est pourtant basiquement inconscient (feeling, ressenti, intuition, inspiration, vision globale...) :
On comprend alors l'intérêt de ces techniques respiratoires et pratiques spirituelles qui permettent de se connecter au plus profond de soi, à sa "source intérieure de vie", son "moi viscéral", sa mémoire sensorielle et corporelle...
Se relier à sa source intérieure de vie, c'est déjà reproduire en soi l' "harmonie de la sagesse créatrice"... (cf. Anselm Grün, Vito Mancuso).
PS:
Dans son livre De chair et d'âme, Boris Cyrulnik considère que l'inspiration (voire l'illumination, l'éclair de génie) pourrait s'expliquer par "l'irruption de l'inconscient cognitif" ("inconscient biologique", précise-t-il).

(3)
« Le contrôle volontaire (conscient) de la réflexion n'aboutit pas nécessairement à la solution la plus intelligente [ ... ] plus une situation est complexe, plus la prise de décision semble nécessiter des processus de traitement manifestement inconscients. [ ... ] Dans les situations complexes, il semble que le cortex préfrontal assimile automatiquement les multiples facteurs en présence, pour livrer une solution sous forme de "sensation" ou d' "instinct". [ ... ] Plus la décision résulte de données complexes, moins la délibération consciente est pertinente ».

(4) Dans son dernier livre Les états d'âme - un apprentissage de la sérénité, Christophe André --dans le même sens que Fradin & Aalberse-- nous invite à repérer le mode automatique (mode mental qui se déclenche dans les gestes routiniers) souvent avantageux mais parfois inadapté : lorsque ce pilote automatique nous amène à stresser ou à ruminer, Christophe André nous invite à lui désobéir en passant du mode "faire" au mode "être" (forme de "lâcher prise") au moyen d'exercices comportementaux, d'attitudes d'éveil et par une pratique de la vie "en pleine conscience". Celle-ci peut passer par un travail méditatif (méditation en pleine conscience).

Quant au mode préfrontal adaptatif, selon Fradin & Aalberse, il correspond neurologiquement à un axe préfronto-viscéral. D'où l'intérêt, dans certains cas, de savoir être attentif aux signaux et sensations de notre corps tout entier. D'où le rôle de la méditation et de la concentration...

(5) Noter que certains chercheurs nomment "inconscient d'adaptation" (the adaptative unconscious) cette partie du cerveau capable de prendre des décisions rapides sans passer par des efforts de réflexion et de volonté consciente (efforts souvent contreproductifs) (cf. Timothy D. Wilson dans Strangers to Ourselves et Malcolm Gladwell dans La force de l'intuition). Bien sûr, cet inconscient intuitif d'adaptation et de décisions ne doit pas être confondu avec l'inconscient de S. Freud ...
Si le stress « c'est ce que l'on ressent lorsque les demandes imposées par notre environnement excèdent nos capacités d'adaptation », ne pourrait-on pas dire que le stress correspond à un sentiment d'impuissance qui émerge lorsque le mode automatique (de l'inconscient d'adaptation) n'a pu trouver de solution adaptée à la situation, lorsqu'on n'a pu ni lutter ni fuir ? D'après Wilson, on passe du conscient à l'inconscient en fonction de la situation.
PS:
Lorsqu'il parle d'inconscient d'adaptation et du balayage superficiel lors de la prise de décisions, Gladwell n'aurait-il pas dû faire plus clairement la distinction entre l'intuition/ instinct (sous-corticale) du mode automatique, et l'intuition/ inspiration (supra-conscience) du mode préfrontal ?

Gladwell souligne néanmoins qu'une prise de décision vraiment efficace repose sur l'équilibre de la pensée consciente et instinctive/intuitive (ne pourrait-on pas préciser : équilibre et complémentarité entre le mode "cortex automatique" et le mode "préfrontal adaptatif" ?).
PPS:
A noter au passage, que le psychologue John Gottman, spécialiste des relations conjugales, considère que dans nos relations interpersonnelles, le mépris est plus dommageable que la critique (le pire des jugements négatifs). Gottman a même constaté que « le mépris provoque un stress tel qu'il attaque le système immunitaire. Autrement dit, le mépris rend malade »...
PPPS:
Toujours à propos des décisions et de la force de l'intuition : un ancien trader philosophe des sciences du hasard, Nassim Nicholas Taleb, oppose (dans son livre Le Cygne noir, la puissance de l’imprévisible , 2008) l’intuition à la pensée rationnelle classique :
Dans toute prise de décision complexe, le système intuitif
(le mode préfrontal) permet de se rendre compte inconsciemment et bien avant la conscience rationnelle de l’anormalité des évènements. Ce système intuitif agit en envoyant au corps une série de sensations corporelles (sueurs, sensation d’insécurité, stress…) afin d’éviter au sujet d’effectuer le mauvais choix.
Tournant le dos aux modèles mathématiques des marchés (conscience rationnelle, mode automatique gérant le "déjà connu"), Taleb arrive finalement aux mêmes conclusions que Fradin & Aalberse : il propose de changer notre conception de la prévision, notre manière de penser...
et de tirer profit des signaux de stress que nous envoie notre système intuitif (notre préfrontal adaptatif).
Pour lui, il est urgent d'acquérir un regard ouvert à l'imprévu : soyons ouverts au "différent", à l’improbable, à l’inconnu, à la surprise (donc au démenti et à la critique). Autrement dit, il est urgent de développer notre intuition et notre inspiration
(mode préfrontal gérant le complexe, la nouveauté et l’imprévisible).
Ces réflexions et divers travaux sur la décision ont d’ailleurs donné naissance à une nouvelle discipline, la neuroéconomie. Celle-ci étudie l’influence des facteurs cognitifs et émotionnels dans les prises de décision...
.

(6) j'oserais un "petit" rapprochement :
- pour guérir du stress, les scientifiques Fradin & Aalberse parlent d'activer en soi la force du " préfrontal ",
- pour guérir du stress, le croyant   Anselm Grün                    parle  d'activer en soi la force de " Dieu " ...

Plus précisément, des études d’imagerie cérébrale ont mis en évidence que le cortex préfrontal gauche pourrait contribuer, chez une personne normale, à inhiber les émotions négatives générées par des structures limbiques comme les amygdales : des zones qui montrent, d’ailleurs, une activité anormalement élevée chez les patients en dépression (7) (9).

Pour aller plus loin, le neurologue Andrew Newberg (son livre Pourquoi Dieu ne disparaitra jamais, 2003) a examiné au scanner l'activité des cerveaux de religieux (nonnes franciscaines, moines bouddhistes) durant leurs séances de prières ou de méditations. Il a mis en évidence que le centre de la "sensation religieuse" ou de l'extase mystique se trouvait dans le lobe préfrontal. La conclusion de Newberg : Dieu est ancré dans notre cerveau et il est toujours avec nous... D'autres se demandent tout de même s'il s'agit d'un iPod ou d'un iPhone ?! autrement dit : la sensation d'une "présence de Dieu" est-elle "télécommandée" de l'extérieur, ou bien est-elle purement interne ?... la question reste ouverte...  

(7) Dépression et cortex préfrontal :

« des études d’imagerie cérébrale avec PET scan ont mis en évidence une activité anormalement basse dans le cortex préfrontal, et plus précisément dans ses parties latérales, orbitofrontales et ventromédianes. La sévérité de la dépression est d’ailleurs souvent reliée au degré de la baisse d’activité du cortex préfrontal.

Celui-ci est non seulement reconnu pour participer à nos réponses émotionnelles, mais aussi pour avoir de nombreuses connexions avec d’autres régions du cerveau responsables du contrôle de la dopamine, de la noradrénaline et de la sérotonine, trois neurotransmetteurs importants pour la régulation de l’humeur.

Plus spécifiquement, il semble
- que le cortex préfrontal latéral nous aide à choisir un comportement en nous permettant d’évaluer mentalement différentes alternatives ;
- que le cortex orbitofrontal nous permet de réprimer certaines émotions ou gratifications immédiates en vue d’obtenir un avantage encore plus grand à long terme ;
- et que le cortex ventromédian est un des lieux où les émotions et le sens des choses seraient expérimentés.

Les deux moitiés du cortex préfrontal semblent aussi avoir des fonctions spécialisées,
- le cortex préfrontal gauche étant impliqué dans l’établissement de sentiments positifs,
- et le cortex préfrontal droit dans celui de sentiment négatifs.

Chez les gens en dépression, c’est justement le cortex préfrontal gauche qui montre le plus de signe de faiblesse. En d’autres termes, il devient très difficile pour une personne en dépression de se donner des objectifs en vue d’atteindre une récompense et de croire qu’on peut y parvenir ».

Si les sujets déprimés éprouvent tant de difficulté à inhiber leur émotions négatives, c’est aussi parce que « le cortex préfrontal gauche pourrait, chez la personne normale, contribuer à inhiber les émotions négatives générées par des structures limbiques comme les amygdales qui montrent une activité anormalement élevée chez les patients en dépression (9).

[ ... ] Les études d’imagerie cérébrale ont aussi démontré que les patients atteints de dépressions sévères montrent une diminution du volume de leur deux hippocampes.
[ ... ] il semblerait que les dépressions qui sont traitées rapidement n’entraînent pas cette diminution du volume de l’hippocampe ».

(source : http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_08/i_08_cr/i_08_cr_dep/i_08_cr_dep.html )

(8) Méditation et Développement personnel sont deux chemins différents... mais complémentaires (ici, ne pas confondre méditation et introspection !).
Il a d'ailleurs été démontré « que la pratique de la méditation stimule l'activité du cortex préfrontal au point de court-circuiter certaines des réactions les plus automatiques de l'organisme, par exemple le fait de sursauter au bruit d'un coup de feu ».
En effet, le dalaï-lama et les neuro-psychologues contemporains ont démontré,
en collaboration (imagerie cérébrale),
que le cortex frontal, partie du cerveau associée à l'activation d'émotions positives (bonheur, joie, satisfaction) et à l'inhibition des émotions négatives (amygdale cérébrale) (9),
que ce cortex frontal donc, présente une activité plus grande chez les méditants expérimentés que chez des individus "contrôles" lorsqu'ils se mettent en état dit de "calme mental" (état de conscience modifié), de clarté d'esprit et de compassion (cf: Olivier Houdé, 2008).
On voit donc l'intérêt de cet apprentissage, de cet entraînement de l'esprit par la méditation régulière.
Grâce à une pratique assidue de la méditation, stimuler la neuroplasticité et acquérir une seconde nature... 

Note: sous certaines conditions (ex: méditation => états de conscience modifiés => sensations de conscience étendue),
notre préfrontal (cerveau supérieur) peut parfois être en prise directe avec notre cerveau archaïque (dit "reptilien").
Ce mode préfrontal peut donc relier en direct
- nos besoins biologiques internes (notre "moi viscéral")
- et notre adaptation externe à l'environnement.

(9) "Le rôle de l'amygdale dans plusieurs types d'émotions négatives (nécessaires seulement en situations d'urgence) a été établi, et nous savons que certaines régions précises des lobes frontaux en réduisent l'activité. Ce mécanisme nous permet -par la méditation- d'agir directement sur le cerveau de façon que le sujet éprouve moins de réactivité réactionnelle négative et plus de réactivité réactionnelle positive [ ... ]
L'amygdale est plus active chez les personnes déprimées, chez ceux qui souffrent de stress posttraumatique ou encore chez les anxieux. La partie médiale du cortex frontal joue un rôle inhibiteur : lorsque son activité augmente, celle de l'amygdale diminue" (cf. Daniel Goleman).

(10) Comme introduction à la méditation, Fradin & Aalberse nous proposent un moyen d'accéder rapidement au mode supraconscient du préfrontal, un petit exercice d'entrainement à la contemplation :

1/ fermez les yeux
2/ laissez-vous bercer par les sons ambiants (perception globale)
3/ laissez-vous porter par toutes vos sensations (en prendre conscience de façon floue et globale)
4/ rester "suspendu" et ouvrir les yeux => vision "grand angle"
5/ essayer de maintenir cet état de perception globale =>
6/ changement de mode mental = préfrontal => calme, sérénité, créativité, ouverture, voire expérience d'Unité...

De même, l' "exercice du mélomane" pour faire face à des bruits agressifs : il consiste à écouter tous les bruits de l'environnement comme s'il s'agissait d'un orchestre symphonique (perception globale). Selon Fradin, cet exercice permet de devenir à la fois plus nuancé, créatif, rationnel, etc :
« progressivement, en sollicitant le préfrontal, on apprend à mieux prendre des décisions, mais aussi à être plus ouvert aux autres ».

PS:
La revue Cerveau & Psycho (N°34) rapporte qu'une récente découverte a été faite par des psychologues canadiens : les gens heureux voient "plus large", ils ont une vision plus large de l'environnement, permettant une vision plus globale et plus créative. Tout se passe comme si l'horizon s'élargissait lorsque l'on se sent bien émotionnellement. Les chercheurs expliquent ainsi ce phénomène :
Le comportement humain est constitué d'un registre stéréotypé et d'un registre exploratoire*.
Le registre stéréotypé concentre l'attention sur des gestes précis, en rejetant les informations qui ne sont pas essentielles.
Par opposition, le registre exploratoire comporte un élargissement des données que le cerveau prend en compte. Mais pour enclencher la démarche exploratoire, il faut évoluer dans un milieu ne présentant pas de danger, et être par conséquent dans un état émotionnel positif.
La conclusion, c'est que pour des activités de création et d'innovation (par exemple), la bonne humeur est essentielle ! Inversement, s'exercer à "voir plus large" aiderait à percevoir les choses plus positivement, et donc à être plus heureux !

*
registre stéréotypé = mode automatique ; registre exploratoire = mode préfrontal   

(dernière mise à jour de ce billet : 31/05/2010
avec quelques extraits de l'article de Eva Jonville Comment utiliser son cerveau pour vivre sans stress  paru dans Cerveau & Psycho N°34 )

 

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