"En retraite" comme on dit ici en France, à l'âge de 60 ans. J'ai eu la chance de ce côté là car aujourd'hui, je crois qu'il m'aurait fallu travailler jusqu'à 65 ans, peut être plus... J'ai travaillé 42 ans et demi devant un piano, je n'étais pas musicien, mais j'apprenais une autre musique : la cuisine. J'ai commencé mon apprentissage, je n'avais pas encore 14 ans, j'étais haut comme trois pommes, un gamin que l'on envoyait déjà au turbin, je venais de réussir mon CEP (ah ! ce Certificat d'Études Primaires, c'était quelque chose à l'époque !) et une semaine après j'étais au boulot. Mais à l'époque, y'avait du travail, malgré tout, il ne fallait pas être fainéant ! A cette époque, c'étaient les années soixante, je devais travailler six jours par semaine, de 8 heures, jusqu'à 22 heures, avec une petite coupure l'après-midi de 2 heures, et encore, pas tous les jours. Faites le calcul, je vous laisse méditer sur le nombre d'heures passé au travail . . . Jamais de dimanche, ni de jours fériés, à l'époque, ça n'existait pas pour les apprentis cuisiniers, puisque ce sont ces jours là qu'il y a plus de clients, plus de travail aussi. Aujourdh'ui, quel est le môme qui voudrait en faire autant ? . . .
Puis les années ont passé . . . . et à 62 ans, on me découvre, après un contrôle de PSA, un taux de 10,35 ng/ml, (qui passera à près de 13) et après une biopsie, un cancer de prostate sur les deux lobes. Je précise que c'était la première foisque je subissais un contrôle de PSA, que me prescrivait mon médecin traitant.... Je suis alors influencé par mon entourage, ma famille, mes amis, j'ai la trouille, la peur au ventre et d'emblée, j'opte pour l'ablation. Elle est réalisée en mai 2005. Prostatectomie radicale, à ciel ouvert, car le chirurgien ne pratique pas encore la cœlioscopie et on ne parle guère encore de l'opération robotisée. Les résultats du laboratoire d'anatomo-pathologie indiquent un stade T3 no Gleason 7 (4+3), qui nécessite maintenant une surveillance régulière et une alimentation ciblée.
Après avoir bossé 42 ans et demi, (cuisinier, un métier dur et pas de tout repos), je pensais savourer une deuxième partie de ma vie heureuse et méritée, mais ce n'est plus le cas, car le quotidien est difficile ! Si vous avez la chance d'être opéré par un très bon chirurgien, habile, qui maîtrise bien l'opération, vous pouvez vous en sortir sans trop de dégâts. Mais souvent, les suites sont, incontinence, et perte des facultés sexuelles, ce qui est très problématique aujourd'hui, pour les hommes qui vivent plus longtemps et qui aspirent encore à garder leur sexualité . . .
J'ai eu la chance, de rencontrer en surfant et cherchant sur la toile, une grande famille l'ANAMACaP, l'Association Nationale des Malades du cancer de la Prostate. Oh miracle, je remercie le ciel car j'ai beaucoup apprécié l'aide que l'on m'a apporté, j'y ai rencontré des gens merveilleux, sans prétention, ils m'ont écouté, m'ont soutenu psychologiquement, m'ont guidé et beaucoup sont maintenant des amis. J'ai eu l'opportunité de rencontrer le professeur Olivier Cussenot, compétent, sans prétention qui m'a guidé, pris en mains et en qui j'ai mis toute ma confiance ; grâce à l'association j'ai appris à y voir plus clair, comprendre notre maladie, comment y faire face dans les années qui suivent, et comment garder le bon cap... Maintenant, grâce à David et à la lecture de son livre "Anticancer", j'ai appris qu'il existe au quotidien une alimentation appropriée, pour mettre toutes les chances de notre côté et éviter la récidive, point important qui devrait être enseigné à toutes les personnes atteintes d'un cancer et surtout à nous les "guéris". Cette association, l'ANAMACaP m'a permis aussi, de ne pas rester seul, en effet maintenant je peux aider les autres, les soutenir dans leur épreuve, les guider, car j'ai maintenant acquis la connaissance de notre maladie. Au fil des années, j'ai connu de nombreux compagnons et leur épouse, dispersés un peu partout en France et j'en rencontre toujours au fil des réunions publiques, des assemblées générales, des compagnons qui me téléphonent, sur la toile également. Ce sont toujours des occasions et des moments privilégiés, que nous savourons ensemble. Quel réconfort, ne pas être seul devant la maladie ! . . .