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Nathalie, oncologue

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Je suis une femme médecin, de 40 ans bientôt, qui a fait le choix depuis plus de 10 ans de travailler pour les malades du cancer.

J’écris ce blog pour témoigner des rencontres que je fais avec eux. Chacun à sa façon m’inspire un véritable respect pour la combativité, la force de vie qu’ils nous transmettent souvent.

Poussée par mes patients, j'ai épluché les articles médicaux cités dans « Anticancer », de David Servan-Schreiber. Désormais, ces approches enrichissent ma pratique avec des outils tout aussi importants que la chimiothérapie : il ne faut négliger aucun moyen d'améliorer la prise en charge des malades.

Je reste anonyme pour des raisons déontologiques, et le prénom de mes patients est évidemment modifié.


Ce blog est également publié sur rue 89.

 

La combativité de Bernard A.

par Nathalie, oncologue Dernière modification 19/10/2009 12:31
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Bernard A est un homme de 60 ans, qui a déjà affronté, il y a 5 ans, un cancer bronchique (adénocarcinome). Lobectomie inférieure droite, pas de traitement adjuvant (traitement complémentaire réalisé après la chirurgie d’exérèse d’une tumeur primitive). Nous le prenons en charge depuis 2 semaines pour un second cancer, neuroendocrine du duodénum, d’emblée métastatique hépatique.

Bernard est un sacré bonhomme. Dans notre échange, bien que courbé en deux de douleur, il m’explique son histoire personnelle et sa volonté de se battre pour réaliser des projets qui lui tiennent à cœur, à peine au début de sa retraite.  Il me raconte le premier cancer, celui de nombreux membres de sa famille. La maladie est un ennemi qu’il connait déjà.

Son parcours professionnel est passionnant et j’écoute ce petit bonhomme recroquevillé sur mon fauteuil, sa svelte épouse à son côté qui recadre le moindre de ses propos. C’est un artiste. Un sculpteur. Moi, l’inculte qui ne sait que plonger dans des livres de médecine et changer des couches, je ne le connais pas. Mais un véritable respect mutuel se construit entre nous et je sais que dès la consultation finie, j’irai voir sur internet qui est ce génie que j’ai la chance de rencontrer aujourd’hui.

Je lui donne une interdose d’ « oxynorm ». Je le fais souvent en consultation, car cela me semble absurde d’attendre qu’il achète son médicament à la pharmacie pour commencer à être soulagé. Et pendant la discussion, on peut parfois mesurer la tolérance.

Je l’ai prévenu que les premières 48h, il pouvait ressentir une sensation ébrieuse mais qu’il fallait se donner les moyens de passer le cap. Prévenir le patient permet souvent de s’affranchir des problèmes d’observance. La connaissance ne nous appartient pas, notre rôle est de la diffuser à notre patient de manière entendable pour qu’il prenne sa place dans l’équipe.

Je poursuis, en mesurant la combativité que me rapporte Bernard, afin d’attraper quelques éléments qui vont nous aider tous les deux à améliorer son confort.

Il me précise avoir fait beaucoup de yoga pendant sa vie. Je l’encourage aussitôt à reprendre cette activité. J’ajoute qu’il doit s’imposer un effort physique, quel qu’il soit mais non violent, chaque jour au moins 30 minutes. Et cela malgré l’épuisement que génèrent sa maladie et les traitements. Tout se tient, et l’effort physique construira sa dynamique de combat.

Puis je lui parle du sucre, du thé vert, du curcuma et des viandes Bleu-Blanc-Cœur[1]. DSS saurait sans doute mieux que moi développer ce chapitre, mais je dois vous avouer que depuis que j’utilise cette nouvelle arme au cours de ma consultation, j’ai le sentiment palpable de faire mieux mon métier d’oncologue.

J’étaye mes arguments par des publications qui les consolident. L’enthousiasme de Bernard est réel ; il ne subit plus, il devient acteur de sa maladie sous ses aspects tant médicaux que personnels. Je sais qu’il va rentrer chez lui et foutre tout son sucre à la benne, qu’il va rechercher le boucher du coin qui fait de la viande riche en oméga 3, qu’il va rappeler son prof de yoga…qu’il va retourner vers la vie en ayant la conscience de reprendre le contrôle.

La pire sensation qui habite le malade est la perte de contrôle de son existence : éprouver que tout est à la merci d’une faiblesse, d’un rendez-vous de radiothérapie, de chimio. Il était un homme ou une femme libre, qui faisait ses propres choix même s’il en subissait quelques uns. Malade il devient un pion qu’on déplace sans forcément lui demander son avis, quand il n’est pas « enfermé » à l’hôpital… mais c’est pour son bien.

En encourageant mes patients dans des activités qui leur permettent de s’aider eux-mêmes, en plus de la stratégie thérapeutique que je propose, j’ai la conviction de mieux les prendre en charge, d’utiliser toutes les ressources disponibles face à la maladie, y compris celles qui résident déjà chez eux.



[1] Bleu-Blanc-Cœur organise, grâce à une démarche de filière et un cadre scientifique solide, une agriculture à vocation santé en réintroduisant des sources végétales traditionnelles et riches en Oméga 3 dans l’alimentation des animaux (herbe, lin, luzerne, lupin…)

http://www.bleu-blanc-coeur.com/

 

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