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Nathalie, oncologue

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Soulager

L’appétit d’Alain

Posté le 23/02/2010   Envoyer par mail
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Je reçois Alain pour une nouvelle cure de chimiothérapie. Nous sommes très enthousiastes : ses douleurs ont non seulement disparu dans un premier temps, mais il a également pu arrêter le traitement antalgique et se porte parfaitement bien. Il reprend son activité artistique très riche et motivante. Cependant, un déficit nutritionnel s’accroit.

 

Alain décrit un goût métallique et surtout une haleine fétide qui donne une « saveur de poubelle » à tout ce qu’il veut ingérer. L’appétit est là, mais la perte de poids s’entend jusqu’à 9 Kg. Nous sommes contraints de mettre en place une nutrition parentérale (nutrition par les veines).

Il en est navré car il faisait de nombreux efforts pour suivre un régime anti-cancer. Il prenait plaisir à inventer différents plats avec curcuma, ail, échalotes, choux et autres denrées recommandées. Il avait trouvé son boucher « bleu-blanc-cœur ». Le sirop d’agave remplaçait son sucre habituel et il en faisait gâteaux et plats sucrés-salés, très appétissants, dont nous avions un échantillon lors de ses visites. Le thé vert était sa boisson favorite !

Nous décidons dans ce contexte de remplacer le cisplatine par le carboplatine* .

Bientôt, le dégoût de la nourriture a pratiquement disparu ! Alain reprend son poids initial, soutenu par la nutrition parentérale. Le marqueur baisse, ce qui est un paramètre spécifique à certaines tumeurs.

Un scanner avait suivi les trois premières cures de chimio. En comparant les images, la situation n’était pas encourageante, ce qui pouvait signifier que la chimio ne fonctionnait pas. Alain gardait malgré tout un moral de fer et sa jolie épouse toujours à son côté l’aidait à conserver son tonus.

En fait, il faut se garder de comparer trop rapidement deux situations pré et post chimio. Nous observons parfois un décalage dans le temps entre l’imagerie et la biologie. Le scanner initial d’Alain avait été réalisé un mois avant de débuter la chimiothérapie, ce qui a permis dans l’intervalle aux lésions de prendre de l’ampleur.

C’est pourquoi le radiologue et/ou l’oncologue doivent calmement et posément comparer, mesurer et bien souligner les paramètres qui encadrent l’examen avant de statuer sur l’efficacité ou non d’un traitement en cours.

Alain va bien. Il poursuit son traitement comme un brave « petit soldat », dit-il, acteur de sa maladie dans tous les axes de prise en charge. Sa combativité ne s’arrête pas là. Sa passion, l’équilibre psychosocial qu’il a construit lui donnent d’autres armes contre son cancer.

 

 

 

* Note :

 

Les études ne sont pas catégoriques sur le bénéfice supérieur du CCDP par rapport  au carbo mais le CDDP reste d’indication en 1ère ligne en association au VP16 dans le traitement des tumeurs neuro-endocrine
Par ailleurs, si le platine est toxique pour le rein et l’appareil auditif, le carbo est plus toxique pour la moelle et peut amener a faire face à ce que l’on nomme des aplasies, qui sont en fait le résultat de la toxicité de la chimiothérapie sur la moelle (la chimio detruit les cellules en multiplication rapide et donc les cellules tumorales et le cellules du sang)

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Les cow-boys au royaume de la misère

Posté le 02/02/2010   Envoyer par mail
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De garde dans notre grande maison, je suis appelée par mon interne qui surveille Hervé, un patient hospitalisé pour fièvre. Depuis 3 jours dans un lit et malgré les changements d’antibiotiques, il reste fébrile jusqu’à 40°C en dehors des accalmies dues au perfalgan.

 

L’équilibre hémodynamique de ce patient de 44 ans, hospitalisé dans le cadre de la transformation d’un lymphome de Hodgkin en leucémie aigüe, se dégrade. La fièvre l’épuise. Elle monte toutes les 4h avec l’élimination du paracétamol, avec les courbatures qui l’accompagnent, puis elle descend avec son flots de suées.

 

La moelle est envahie de blastes (cellules jeunes, tumorales). Ses défenses contre l’infection bronchique qui complique sa maladie sont nulles. Le cancer lui-même provoque une partie de la fièvre.

 

Son système cardiovasculaire parvenait jusque là à maintenir un état de lutte efficace mais la persistance de cette fièvre et la fatigue qu’elle construit a généré un déséquilibre qui se met en place peu à peu dans la nuit.

 

Hervé n’urine plus depuis 4h. Un diurétique administré par voie veineuse permet de rétablir ce désordre mais peu à peu la tension chute. On perfuse un liquide osmotique, du sérum physiologique (qui attire les flux liquides vers les vaisseaux et augmente ainsi le débit sanguin) : la tension remonte mais l’équilibre semble à présent précaire. Nous sommes en train de faire de la réanimation et ce n’est pas le lieu.

 

Je joins une équipe de réanimation oncologique qui accepte après beaucoup de négociations de prendre ce malade : eh oui, c’est aussi cela notre job !

 

Puis c’est le SAMU qui mégote sur le transfert. Dialogue de sourd, remarques cyniques, obstacles en tout genre, on essaie de me fourguer un moyen de transport non-médicalisé : je ne cède pas. Je déploie des trésors d’argumentation pour que mon malade soit dans un SAMU. J’appelle cela faire la pute. 10 minutes plus tard l’équipe du SAMU est là.

Mais ce sont des cow-boys qui font irruption dans la chambre. Plein phare sur Hervé et ca discute. Je suis prise à partie par le confrère : mais il est stable là ! Nous sommes là à regarder les chiffres qui défilent sur le monitoring de 20 Kg posé sur le lit d’Hervé, qui cherche dans mes yeux l’assurance que tout cela se passe bien. J’insiste pour que nous sortions nous expliquer à l’extérieur de la chambre.

 

Les bras croisés et bien plantée dans mes baskets j’aligne : « bien sûr qu’il est stable maintenant, mais il n’urinait pas il y a encore 2h, sa tension était à 8/4 contre 14/7 il y a encore 30 minutes et il a reçu 1 litre de physio en débit libre alors forcément, là il est stable et c’est tant mieux mais dans 15 minutes je garantis rien, il faut un SAMU.

 

Nous sommes maintenant, mon confrère et moi, dans le poste de soin. J’ajoute : «  tu devrais faire attention à ton comportement et ta manière de parler devant un patient ».  Il est inadmissible à mon sens de rediscuter au lit du malade un transfert accepté.

 

Mais pour lui il n’y a qu’un camion de SAMU et il doit être attribué à un autre malade, car celui-ci a « bien compris ce qu’il avait comme maladie ».

 

Là j’explose : «  Cet homme a subi plusieurs traitements de chimiothérapie qui se sont révélés inefficaces. Sa maladie de Hodgkin s’est transformée en leucémie aigue myeloblastique au pronotic sombre. Il est cloué dans un lit avec 40°C en attendant un transfert dans un service d’hemato de renom pour y recevoir le traitement de la dernière chance. Il a le trouillomètre à 10 000. C’est un père, un mari, un bonhomme quoi. Qu’est-ce que ça veut dire qu’il a bien compris ce qu’il avait comme maladie ? Et cela te donne le droit d’une part de parler de lui, devant lui, sans lui, et de lui rapporter des évènements graves et anxiogènes que je gère en le ménageant depuis plusieurs heures ??? »

 

Le confrère s’éloigne en répliquant que c’est mon interprétation, ma perception. Un jeune con de moins de 30 ans qui joue les cow-boys au royaume de la misère. J’ai bien failli lui foutre ma main dans la gueule. Mais à 4 heures du matin, je maîtrise mes propos et mes gestes..

 

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