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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Ca ne vous dérange pas si je suis malade ?
24/12/2009
Mots clé : annonce de la maladie
Beaucoup de gens à qui on annonce qu'ils sont malades se retrouvent à consoler leurs proches au lieu de se sentir soutenus... Alors je partage avec vous un petit conte de Noël grâce à cette histoire de Martine à qui c'est arrivé.
 
Lorsque la biopsie de Martine a confirmé qu’il s’agissait bien d’un cancer, sa première pensée a été « comment vais-je annoncer ca à mon mari ? » Elle avait raison de s’en préoccuper, parce que le soir c’est Jacques, pas elle, qui s’est effondré et à qui il a fallu passer les mouchoirs en papier et trouver les mots pour l’aider à se calmer…

Et la même chose s’est reproduite au bureau. Quand elle a du prévenir qu’elle serait absente pendant quelques semaines pour débuter les traitements, il lui a fallu tenir la main de plusieurs de ses collaboratrices apeurées et larmoyantes, et les rassurer que tout irait bien, qu’elles n’avaient pas à s’inquiéter.

Et il fallait encore se préoccuper des enfants… A dix et douze ans, ils n’avaient pas encore la maturité pour « gérer » si leur mère devait se retrouver effondrée de fatigue et incapable de faire à diner… Et comment réagiraient-ils quand elle n’aurait plus de cheveux et qu’elle devrait mettre une perruque ?

C’est en parlant à son médecin de ses préoccupations que Martine s’est rendu compte tout d’un coup que c’était elle qui était malade, pas tous ses proches. Il lui a rappelé gentiment que c’était peut-etre un bon moment pour lâcher son rôle de protectrice de tout le monde autour d’elle et d’apprendre, pour une fois, à se laisser aider.

Martine n’est pas la seule femme à réagir comme ca. Dans un enquête au près de 176 femmes avec un cancer du sein, l’équipe du Dr. Grace Yoo à l’université de San Francisco a observé que de nombreuses femmes se retrouvent à prendre soin de leurs proches plutôt que l’inverse. [1]

Pourtant, selon une autre étude, les femmes qui apprennent à faire appel à leurs amis – souvent surtout leurs amies – auraient deux fois plus de chance de survivre à leur cancer du sein que celles qui s’isolent et prennent tout sur elles-mêmes. [2]

Pour Martine, cette aide est venue d’un peu partout, souvent sans qu’elle ait besoin de le demander. Une mère dont les enfants étaient dans la même classe que les siens a proposé de les prendre chez elle pendant les jours les plus difficiles de la chimio. Son mari, après quelques jours d’adaptation, a retrouvé son esprit d’ingénieur et l’accompagnait à tous les rendez-vous médicaux pour l’aider à analyser le pour et le contre de chaque décision pas toujours simple à prendre. Sa sœur avec qui elle ne parlait plus depuis quelques années est venue la faire rire, l’emmener au cinéma, et lui prêter son épaule pour pleurer pendant les moments de découragement. Elle ne se souvenait pas de s’être sentie aussi proche d’elle depuis longtemps. Ses enfants ont appris à lui faire des massages quand elle ne pouvait presque plus bouger, et ça l’aidait à soulager la nausée. Et ils lui ont fait un album photo sur ordinateur avec un logiciel spécial pour essayer des perruques !

Peu de temps après la fin de ses traitements, Martine est redevenue la « super-woman » qu’elle avait toujours été. Mais quelque chose de chaud s’était installé dans son coeur. Comme si d’avoir appris à se laisser aider pendant qu’elle était fragile lui avait redonné encore plus de confiance dans la vie.

Bibliographie

1. Yoo, G., et al., Emotion work: disclosing cancer. Support Care Cancer, 2009.

2. Kroenke, C.H., et al., Social networks, social support, and survival after breast cancer diagnosis. Journal of Clinical Oncology, 2006. 24(7): p. 1105-11.
 
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