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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
La population des Antilles sera pendant plusieurs siècles la victime d'un polluant cancérigène
Le 24/06/2010
Mot-clé : chlordécone
Le chlordécone est désormais selon toute vraisemblance le principal suspect de la forte prévalence du cancer de la prostate dans les Antilles françaises. C'est un perturbateur endocrinien terriblement polluant. Interdit en 1993, il restera dans les sols pour contaminer les générations futures : sa demi-vie est de dix siècles ! Heureusement, il semble que le style de vie peut limiter les conséquences de cette pollution.
 
Le chlordécone est un pesticide utilisé par les producteurs de bananes depuis les années 1970 en Martinique et en Guadeloupe. Un perturbateur endocrinien connu pour sa capacité de polluer les sols de façon extrêmement persistante. Les militants écologistes, qui prêchaient dans le désert pour son interdiction, l'avaient inclus dans une liste baptisée "les 12 salopards". Les Etats-Unis l'ont proscrit dès 1976, mais la France a attendu 1990, et a même accordé une dérogation jusqu'en 1993 aux agriculteurs de Martinique et de Guadeloupe, au motif qu'ils en utilisaient beaucoup pour la culture de la banane !

Aujourd'hui l'heure d'un sombre bilan a sonné. On peut d'ores et déjà mesurer dans les statistiques de santé le terrible coût humain de décisions économiques qui minimisé des signaux d'alerte pendant des décennies, sous prétexte qu'ils ne comportaient pas de preuves suffisantes. Mais qui faisait l'effort de les rechercher ?

La Guadeloupe et la Martinique présentent désormais l’un des taux de cancer de la prostate les plus élevés au monde avec près de 1 000 nouveaux cas par an : deux fois celui observé en métropole.

Il sera probablement impossible de se débarrasser de ce polluant, incrusté dans les sols, mais aussi dans l'eau potable, les cultures et l'élevage de ces deux départements. Interrogé par Le Monde, le professeur William Dab, président du Conseil scientifique du Plan chlordécone mesure l'étendue des dégâts : "13 000 individus absorbent chaque jour, en mangeant des légumes qu'ils cultivent, une quantité de chlordécone dépassant la valeur toxicologique de référence: 0,5µg/kg/j." Ceux qui ont œuvré pour le droit d'utiliser ce poison pourraient en être les premières victimes : comment la filière de la banane se relèvera-t-elle de la première étude qui montrera la présence du chlordécone dans les fruits exportés ?

Les générations futures recevront en héritage un pays toxique, pour toute leur vie et celle de leurs enfants, pendant plusieurs dizaines de siècles. Terrible souvenir d'égoïsme transmis à ceux qui ne sont pas encore incarnés. Ils n'oublieront pas ce cadeau. Ils n'auront pas ce choix. Puissent-ils pardonner les errements de notre génération !

Cependant, dans ce tableau révoltant, une lueur d'espoir persiste. Il semble que le risque de développer un cancer de la prostate, qui augmente de 77% pour les personnes dont le sang contient un niveau élevé de chlordecone, est surtout observé pour les personnes qui ont pris l'habitude d'un style de vie "occidental". Ainsi ceux qui ont été très exposés, et qui ont par exemple séjourné en Métropole et qui ont des antécédents familiaux de cancer de la prostate subissent le risque maximum : un risque multiplié par un facteur 4 !

A contrario, selon Luc Multigner, principal auteur de l'étude cité dans Libération, un style de vie plus traditionnel notamment en ce qui concerne l'alimentation, permettrait d'être comme "protégé" du pesticide cancérigène. C'est le cas des sujets de l'étude qui n'avaient jamais quitté leur île : leur risque de cancer n'était pas augmenté, à exposition égale.

Il se pourrait donc que l'alimentation devienne une des clés pour la réduction des conséquences dramatiques et durables de l'utilisation du chlordécone en Guadeloupe et Martinique.

 
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