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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Comment quantifier le bénéfice du régime anticancer ? (suite)
16/11/2008
Mots clé : régime anticancer
A quel point un régime qui réduit l'index glycémique ou la charge en oméga-6 est il protecteur ?
 
Pour continuer la discussion entamer il y a deux semaines au sujet du thé vert, je voudrais vous parler aujourd'hui de la protection que confère un régime moins chargé en glucides ou en oméga-6.

RAPPEL
Je vous rappelle pour référence que l'on sait par exemple que de prendre un traitement hormonal substitutif après la ménopause pendant plus de 5 ans augmente le risque de développer un cancer du sein entre 15 et 40% (un facteur de 1,15 à 1,4). Fumer, par contre, augmente le risque de cancer du poumon (15 à 35 ans plus tard) par un facteur de 15 approximativement.

INDEX GLYCEMIQUE
Plusieurs études suggèrent que les personnes dont le régime a un index glycémique plus bas ont une protection accrue contre certains cancers. On observe une réduction de 30 à 40% des cancers du colon ou du rectum dans une étude de Harvard (Michau et al. 2005). Une réduction de 70% du risque de cancer de l’ovaire dans une autre étude par le même groupe de recherche (Augustin et al., 2003). Enfin une réduction de 160% pour le risque de cancer du pancréas chez les femmes en surpoids dont le régime avait un index glycémique élevé par rapport à celles dont le régime était le moins glycémiant (Michaud et al., 2002).

OMEGA-6 et OMEGA-3
Pour les oméga-6 et oméga-3, une étude de Singapore donne une idée du bénéfice potentiel. Cette étude de plus de 35 000 femmes à montré que celles qui consommaient beaucoup d’oméga-6 (et pas d’oméga-3) avaient un risque 2,45 fois plus grand (145% d’augmentation) de développer un cancer du sein « avancé ». Alors que celles qui consommaient du poisson gras au moins deux fois par semaine n’avaient pas d’augmentation de risque, même en présence de plus d’oméga-6 dans leur régime (Gago-Dominguez, 2003). A Harvard, une étude de 4 782 hommes suivi pendant plusieurs années a trouvé, elle aussi, que ceux qui mangeaient du poisson gras deux ou trois fois par semaine avaient un risque de cancer de la prostate avancé (métastasé) de près de deux fois inférieur à celui des hommes qui mangeaient peu ou pas de poisson gras (Augustsson et al. 2003). Trois ans plus tard, une autre étude, cette fois de l'université de San Francisco et qui examinait la _progression_ d'un cancer de la prostate existant, a confirmé le bénéfice de manger du poisson au moins deux fois par semaine (même si il était dans cette étude un peu plus faible -- de l'ordre de 25% de cancers avancés en moins "seulement" - Chan et al. 2006)

En Europe, l'immense étude EPIC (près de 500 000 personnes suivies nutritionnellement pendant plusieurs années) a montré une réduction du risque de 70% (c.a.d de l'ordre de deux fois et demi moins de risque !) de développer un cancer du colon chez les personnes consommant 80g de poisson par jour (c'est vrai, ca fait beaucoup de poisson). (Norat et al. , 2005)

Il semble que ce qui compte, c'est l'équilibre entre oméga-6 et oméga-3, donc en présence de suffisamment d'oméga-3, les oméga-6 ne semblent pas autant capables d'induire les conditions inflammatoires qui favorisent le développement de plusieurs maladies chroniques dégénératives, dont le cancer.

CONCLUSION
Que peut on en conclure ? D’abord, que les facteurs nutritionnels qui contribuent au cancer ne posent pas des risques aussi importants que le tabac, et de loin. Par contre, il est clair que la protection que l’on peut obtenir par des choix nutritionnels judicieux est significative. D’après ces quelques études, elle serait plus nettement plus importante, pour certains cancers, que celle qu’on obtient quand on décide de ne pas prendre de traitement hormonal de substitution. De plus, aucune étude à ce jour n'a étudié l'impact d'un régime qui _combine_ toutes les variables : thé vert + réduction de l'index glycémique + réduction des oméga-6 et ajout d'oméga-3 + curcuma + herbes aromatiques + brocoli trois fois par semaine + ail/oignons/poireaux + fruits rouges, etc. Il n'y a aucune suggestion dans les études existantes qui pourrait faire penser qu'ils interagissent négativement les uns avec les autres pour réduire mutuellement leurs effets. On ne peut qu'imaginer que ces combinaisons permettent de cibler un plus grand nombre des mécanismes qui peuvent agir sur la croissance des tumeurs et donc que leur effet induit une _synergie_ très bénéfique.

Bibliographie

Michaud DS, Liu S, Giovannucci E, Willett WC, Colditz GA, Fuchs CS. Dietary sugar, glycemic load, and pancreatic cancer risk in a prospective study. Journal of the National Cancer Institute 2002;94(17):1293-300.

Michaud DS, Fuchs CS, Liu S, Willett WC, Colditz GA, Giovannucci E. Dietary glycemic load, carbohydrate, sugar, and colorectal cancer risk in men and women. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention 2005;14(1):138-47.

Augustin LSA, Polesel J, Bosetti C, et al. Dietary glycemic index, glycemic load and ovarian cancer risk: a case-control study in Italy. Annals of Oncology 2003;14(1):78-84.

Gago-Dominguez M, Yuan J, Sun C, Lee H, Yu M. Opposing effects of dietary n-3 and n-6 fatty acids on mammary carcinogenesis: The Singapore Chinese Health Study. British Journal of Cancer 2003;89(9):1686-92.

Augustsson K, Michaud D, Rimm E, et al. A prospective study of intake of fish and marine fatty acids and prostate cancer. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention 2003;12(1):64-7.

Chan JM, Holick CN, Leitzmann MF, et al. Diet after diagnosis and the risk of prostate cancer progression, recurrence, and death (United States). Cancer Causes & Control 2006;17(2):199-208.

Norat T, Bingham S, Ferrari P, et al. Meat, fish, and colorectal cancer risk: the European Prospective Investigation into cancer and nutrition. Journal of the National Cancer Institute 2005;97(12):906-16.
 
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