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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Dépistage du cancer de la prostate - quand est-ce une bonne idée ?
15/10/2009
Mots clés : dépistage, cancer de la prostate
Un éditorial du Journal of the National Cancer Institute jette un doute sérieux sur l’utilité du dépistage du cancer de la prostate. Pourtant ce dépistage prend tout son sens si c’est pour mobiliser les défenses naturelles anticancer.
 
Dans un éditorial percutant [1], le Dr. Otis Brawley, du département d’Epidémiologie de l’université d’Emory à Atlanta, fait le point et il pose la question : " le dépistage du cancer de la prostate sauve-t-il des vies ?

Il souligne qu’aux Etats-Unis une large étude prospective (qui suit des personnes en bonne santé avant qu’elles ne tombent malade) n’a trouvé aucun bénéfice au dépistage après plus de 10 ans de suivi. [2] Et qu’une étude européenne a constaté des bénéfices mitigés : pour 1 homme à qui le dépistage évite de mourir d’un cancer de la prostate, 48 autres sont soignés qui n’auraient peut être pas eu besoin du traitement… et pour un bon nombre de ceux là, les complications, elles, sont souvent au rendez-vous : infections à répétition, et surtout, une chance sur cinq d’impuissance sexuelle s’ils ont subi une chirurgie. [3]

Bien évidemment, plus un cancer est détecté tôt, plus il est facile de le soigner de façon définitive. C’est le cas pour les polypes pré-cancéreux du colon (dépistés par la colonoscopie après 50 ans), pour les cancers du sein in situ (dépistés par les mammographies après 50 ans), et parfois pour les cancers du poumon découverts de façon inattendue au cours d’un scanner ou d’une bronchoscopie prescrits pour autre chose (il n’y a pas de programme de dépistage du cancer du poumon car les tests nécessaires ne sont pas encore au point).

Mais pour le cancer de la prostate toute la complication vient du fait qu’il est généralement très lent à se développer, qu’un très grand nombre d’hommes vivent très bien avec des « micro-tumeurs » de la prostate qui ne deviendront jamais un cancer dangereux, et que les traitements ont des conséquences lourdes pour la qualité de vie. D’où la position du Dr. Brawley qui suggère beaucoup de méfiance face à ce dépistage, dont il pense qu’il ne doit être utilisé que dans des conditions très précises où le risque de cancer agressif est particulièrement élevé.

Pour ma part, je trouve qu’il manque une dimension essentielle à ce débat. Personne ne parle du fait que les choix de style de vie ont une influence considérable sur l’évolution d’un petit cancer de la prostate encore localisé. De fait, les hommes japonais de 50 ans qui meurent d’un accident de voiture ont autant de « micro-tumeurs » de la prostate à l’autopsie que les hommes nord-américains ou européens. Pourtant, la mortalité par cancer de la prostate au japon est sept fois inférieure à celle des pays occidentaux. [4] Et quand les japonais viennent vivre en occident, ils ont autant de cancers agressifs de la prostate qu’au japon. Cela veut bien dire que leur style de vie, tant qu’ils vivent au japon, empêche ces micro-tumeurs de se développer.

De fait, plusieurs études ont montré que des interventions de style de vie agissent sur la biologie du cancer de la prostate. A l’université de San Francisco, le Dr. Dean Ornish a suivi des hommes avec un cancer de la prostate « sous surveillance » après confirmation par une biopsie. Plus ils s’impliquaient dans un programme d’amélioration de leur hygiène de vie (nutrition anticancer, activité physique, gestion du stress et de leurs émotions), et plus leur sang devenait capable de détruire les cellules cancéreuses de la prostate. Dans cette (petite) étude, aucun des hommes qui avaient suivi ce programme n’ont eu besoin d’avoir recours à des traitements plus conventionnels alors que plusieurs de ceux qui étaient dans un groupe témoin ont du se faire opérer ou se soumettre à la radiothérapie. De plus, Ornish a montré que les changements de style de vie avaient un impact au plus profond des gènes des cellules de la prostate en en modifiant l’expression, et qu’ils étaient aussi capables d’activer la fameuse enzyme télomèrase qui protège les chromosomes de leur vieillissement prématuré. [5-7]

Une autre étude, de l’université de Duke, a observé que les hommes qui consomment trois cuillers à soupe de graines de lin moulues le matin au petit déjeuner réduisent de façon importante la prolifération des cellules cancéreuses dans leurs tumeurs prostatiques. [8]

De la même façon, les hommes avec un PSA élevé (entre 0,2 et 5 ng/ml au début de l’étude de l’université de Los Angeles) qui consomment chaque matin un grand verre (240 ml ou 8 ounces) de jus de grenade voient la croissance de leur cancer ralentir énormément (54 mois de temps de doublement du PSA plutôt que 15 mois chez ceux qui ne consomment pas de jus de grenade dans cette même étude). [9]

Dans une étude japonaise, les hommes qui buvaient au moins cinq (petites) tasses de thé vert par jour avaient réduit de moitié leur risque de développer un cancer de la prostate agressif. [10]

Dans la même université, des chercheurs ont observé que les hommes qui consommaient le plus de légumes riches en caroténoïdes (les légumes colorés, rouges, et oranges), avaient jusqu’à 83% de cancers de la prostate en moins que ceux qui n’en consommaient pas ou peu. [11] Et dans la grande étude de Harvard qui suit depuis les années 80 plus de 40 000 hommes professionnels de santé (médecins et autre) la seule consommation de sauce tomate deux fois par semaine (il faut que les tomates soient cuites dans de l’huile pour libérer la plus grande quantité de lycopène qui agit contre le cancer de la prostate) réduisait de 35% la probabilité de développer un cancer qui s’étende au delà de la prostate (le plus dangereux). [12] Et pour ceux qui avaient déjà un cancer de la prostate, cette même consommation de sauce tomate réduisait le risque de le voir continuer de progresser de 44%. [13]

Les oméga-3 des poissons gras (pas seulement ceux des graines de lin broyées) protègent de façon considérable les hommes dont les gènes les prédisposent à un cancer de la prostate agressif. Dans une étude Suédoise de l’Institut Karolinska, les hommes porteurs des gènes « à risque » voyaient leur risque ramené à celui de la population normale pour peu qu’ils consomment du poisson gras deux fois par semaine (saumon, sardines, maqueraux, etc.) [14]

Dans une étude de l’université de Harvard, chaque réduction de 35 g par jour dans la consommation de produits laitiers était associée à une réduction de 30% du risque de développer un cancer de la prostate. [15]

Dans une autre étude du même groupe de Harvard, l’activité physique soutenue (3 à 4 heures de « marche rapide » ou équivalent par semaine) était associée à une réduction de 70% du risque de développer un cancer de la prostate agressif. [16]

Dans un hôpital de Toronto, l’administration de vitamine D3 (2 000 UI par jour) à des patients qui avaient déjà été traités pour leur cancer de la prostate mais dont le PSA augmentait à nouveau a eu des effets impressionnants. Sur ce petit échantillon de 14 patients, 9 ont vu leur PSA arrêter de progresser ou même diminuer, et, au total, le temps de doublement est passé d’une médiane de 14 mois à une médiane de 25 mois. Un résultat impressionnant pour une vitamine qui n’a aucun effet secondaire. Elle est recommandée à toutes les personnes âgées en hiver au Canada par la société canadienne du cancer… [17]

Au total, il existe donc des arguments scientifiques importants pour une autre approche du dépistage du cancer de la prostate : Oui, le dépistage du cancer de la prostate peut être paradoxalement dangereux s’il est associé au risque d’être soumis à des traitements parfois très invalidants et malheureusement souvent inutiles comme le signale le Dr. Brawley. Mais, le dépistage est parfaitement justifié, et jamais dangereux, s’il doit servir de motivation à s’engager dans un programme de style de vie anticancer… Il sera toujours temps par la suite, si le PSA ne s’améliore pas par exemple, d’avoir recours à des interventions médicales plus lourdes qui prendraient alors tout leur sens.

Bibliographie

1. Brawley, O., Prostate Cancer Screening; Is This a Teachable Moment? Journal of the National Cancer Institute, 2009. 101: p. 1295-1297.

2. Plco_Project_Team, et al., Mortality results from a randomized prostate-cancer screening trial.[see comment]. New England Journal of Medicine, 2009. 360(13): p. 1310-9.

3. Erspc_Investigators, et al., Screening and prostate-cancer mortality in a randomized European study.[see comment]. New England Journal of Medicine, 2009. 360(13): p. 1320-8.

4. Yatani, R., et al., Trends in frequency of latent prostate carcinoma in Japan from 1965-1979 to 1982-1986. Journal of the National Cancer Institute, 1988. 80(9): p. 683-7.

5. Ornish, D., et al., Increased telomerase activity and comprehensive lifestyle changes: a pilot study. The Lancet Oncology, 2008: p. doi:10.1016/S1470-2045(08)70234-1.

6. Ornish, D., et al., Changes in prostate gene expression in men undergoing an intensive nutrition and lifestyle intervention. Proceedings of the National Academy of Sciences, 2008. 105: p. 8369-8374.

7. Ornish, D., et al., Intensive lifestyle changes may affect the progression of prostate cancer.Journal of Urology, 2005. 174(3): p. 1065-9; discussion 1069-70.

8. Demark-Wahnefried, W., et al., Flaxseed supplementation (not dietary fat restriction) reduces prostate cancer proliferation rates in men presurgery. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, 2008. 17(12): p. 3577-87.

9. Pantuck, A.J., Phase-II Study of Pomegranate Juice for Men with Prostate Cancer and Increasing PSA, in American Urological Association Annual Meeting. 2005: San Antonio, TX

10. Kurahashi, N., et al., Green Tea Consumption and Prostate Cancer Risk in Japanese Men: A Prospective Study. Am. J. Epidemiol., 2007. 167(1): p. 71-77.

11. Lu, Q.Y., et al., Inverse associations between plasma lycopene and other carotenoids and prostate cancer. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, 2001. 10(7): p. 749-56.

12. Giovannucci, E., et al., A prospective study of tomato products, lycopene, and prostate cancer risk. Journal of the National Cancer Institute, 2002. 94(5): p. 391-8.

13. Chan, J.M., et al., Diet after diagnosis and the risk of prostate cancer progression, recurrence, and death (United States). Cancer Causes & Control, 2006. 17(2): p. 199-208.

14. Hedelin, M., Association of frequent consumption of fatty fish with prostate cancer risk is modified by COX-2 polymorphism. International Journal of Cancer, 2006. 120(2): p. 398-405.

15. Allen, N.E., et al., Animal foods, protein, calcium and prostate cancer risk: the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition. British Journal of Cancer, 2008. 98(9): p. 1574-81.

16. Giovannucci, E., et al., A Prospective Study of Physical Activity and Incident and Fatal Prostate Cancer. Archives of Internal Medicine, 2005. 165: p. 1005-1010.

17. Woo, T.C.S., et al., Pilot study: potential role of vitamin D (Cholecalciferol) in patients with PSA relapse after definitive therapy. Nutrition & Cancer, 2005. 51(1): p. 32-6.
 
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