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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Des gènes voraces de fruits, de légumes et de poisson
27/04/2009
Mots clés : alimentation, cancer
Tout se passe comme si les gènes responsables du cancer du sein et de la prostate pouvaient être « calmés » par une nourriture appropriée.
 

Dans les anciennes traditions asiatiques, et aussi chez les Romains au début de notre ère, on a toujours imaginé que les esprits des « ancêtres » décédés continuaient d’habiter les lieux où ils avaient vécu. On les imaginait aussi capables d’accabler le foyer de multiples maux si ils n’étaient pas régulièrement honorés par des offrandes de nourriture laissées chaque jour sur la cheminée.

En 2009, deux groupes de recherche complètements différents, l’un au Québec, et l’autre en Californie, ont transformé notre compréhension des causes génétiques du cancer du sein et de la prostate. Les gènes du cancer ne seraient pas des pièces défectueuses de notre machinerie biologique qui nous condamnent à la maladie. Au contraire, comme les fantômes des ancêtres, ils se pourraient bien qu’ils ne soient que des sortes "d’esprits affamés" qui se manifestent violemment lorsqu’on ne les nourrit pas correctement.

A l’université de Montréal, l’équipe du Dr. Parviz Ghadirian étudiait les femmes porteuses des gènes BRCA1 et 2. Ces fameux gènes qui font trembler tant de femmes, parce ce que celles qui les portent ont près de 80% de chances de développer un cancer du sein au cours de leur vie. De nombreuses femmes à qui on a annoncé cette nouvelle ont préféré se faire amputer des deux seins plutôt que de vivre avec cette quasi certitude de tomber malade un jour ou l’autre. Au cours de leurs études, Ghadirian et son équipe ont constaté que le risque semblait toutefois beaucoup plus faible pour certaines femmes porteuses de BRCA que pour d’autres. Leur découverte majeure ? Plus ces femmes génétiquement « à risque » mangeaient de fruits et de légumes, et moins elles avaient de risque de développer un cancer. Pour celles qui consommaient jusqu’à 27 fruits et légumes différents par semaine (la variété semble importante), le risque avait diminué de 73% !

A l’université de San Francisco, c’est l’équipe du Professeur John Witte qui a fait une découverte similaire pour le cancer de la prostate. Certains gènes entrainent une extrême sensibilité aux facteurs d’inflammation et stimulent la transformation des indolentes microtumeurs de la prostate en cancers agressifs et métastatiques *. Et bien lorsque ces hommes consomment du poisson gras riche en acides gras oméga-3 au moins deux fois par semaine (saumon, maquereau, sardines), leurs dangereux gènes sont rassasiés eux aussi et ne se manifestent presque plus. De fait, ils ont cinq fois moins de chances que leur cancer deviennent agressif que ceux qui ne mangent pas de poisson gras du tout !

Les gènes "pro-cancer" ne sont donc pas une fatalité. Ils se comportent plutôt comme nos ancêtres irascibles, à qui il faut faire l’offrande régulière de la nourriture dont ils ont besoin pour les encourager à rester tranquilles… Ils ne sont d’ailleurs peut-être pas du tout des gènes du cancer. Mais simplement des gènes qui refusent la transition qui nous entraine d'une alimentation ancestrale et parfaitement adaptée à notre organisme, vers une alimentation industrielle. Des sortes de militants « anti-malbouffe » qui réagissent violemment à l’univers dans lequel nous les forçons à vivre. Cela expliquerait pourquoi, étude après étude, on constate que les "femmes BRCA" nées – et longtemps nourries – avant la deuxième guerre mondiale ont deux à trois fois moins de risque d’avoir un cancer du sein que leurs filles ou leurs petites-filles nées, elles, à l’ère des fast-food.

Voilà une vision radicalement nouvelle de la génétique du cancer !

* Ce sont les gènes qui contrôlent l’activité de l’enzyme COX-2, responsable de la transformation des acides gras oméga-6 de l’alimentation en facteurs inflammatoires.
 
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