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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Fabriquer du Bonheur
02/09/2009
Mots clé : bonheur
Il y a des moments où l’économie d’une société ressemble à celle de nos choix personnels. La crise économique qui a débuté il y a un an exactement a démontré la faillite d’un système qui ne poursuit plus que l’appât du gain en trahissant ses valeurs fondamentales – comme l’intégrité, la bienveillance, ou l’équité. Cela ressemble à ce qui arrive généralement à nos vies personnelles lorsque nous privilégions la réussite personnelle matérielle aux dépens de nos valeurs. Une très belle voix s’est élevée pour décrire ce que vit un pays lorsqu’il se consacre uniquement à la croissance de son « produit national brut ».
 
« Pendant trop longtemps, il semble que nous ayons abandonné les valeurs d’excellence et de communauté au profit de l’accumulation des biens matériels. Notre produit national brut […] comptabilise la pollution de l’air, la publicité pour les cigarettes, l’activité des ambulances sur nos autoroutes. Il prend en compte les serrures de haute sécurité pour nos portes et la construction des prisons pour ceux qui les forcent. Il prend en compte la destruction de nos forêts et la perte de nos merveilles naturelles devenues des déserts chaotiques. Il comptabilise les ogives nucléaires, et les voitures de police blindées pour faire face aux émeutes dans nos rues.

Mais le produit national brut ne mesure pas la santé de nos enfants, la qualité de leur éducation, ni la joie de leurs jeux. Il n’inclut pas la beauté de notre poésie ni la solidité de nos mariages ; ni l’intelligence de notre débat public ni l’intégrité de nos politiciens. Il ne mesure ni notre humour ni notre courage ; ni, non plus, notre sagesse ou notre volonté d’apprendre ; ni notre compassion ni notre attachement à notre pays. En bref, il mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. »

Ces lignes ont été écrites par Robert Kennedy, pendant sa campagne électorale de 1968, quelques mois avant son assassinat à Los Angeles.

Aujourd’hui, un groupe d’économistes anglo-saxons – et en France, l’économiste Patrick Viveret – militent pour que le succès de nos sociétés soit mesuré par le bien-être de ses citoyens plutôt que sa production d’armes ou sa construction de prisons. [1, 2] En étudiant ce qui rend vraiment les gens heureux ils sont arrivés à des recommandations précises : ce sont des gestes et des activités quotidiennes qui ne consomment rien et qui se passent assez bien des conditions matérielles mises en danger par la crise économique. A chacun de nous de faire en sorte, et à nos gouvernements de nous y aider, qu’ils fassent plus souvent partie de notre vie. Avec ou sans crise.

1. Connectez vous aux autres : Investissez vous dans les relations humaines : avec les membres de votre famille, vos amis, vos collègues de bureau, vos voisins. Imaginez les comme les fondations de votre vie. Elles vous enrichiront et vous soutiendrons chaque jour un peu plus.

2. Soyez actifs : Allez marcher ou courir. Faites du vélo. Jouez au foot. Jardinez. Dancez. Trouvez une façon de faire bouger votre corps qui vous plaise et vous amuse. Lorsqu’il est en action, le corps fabrique de la bonne humeur.

3. Aiguisez votre conscience du moment présent : Soyez curieux. Remarquez ce qui est beau ou inhabituel. Savourez le moment que vous vivez, que ce soit un déjeuner avec une amie ou une marche dans la rue en allant travailler. Restez conscient de ce qui vous entoure et de ce que vous ressentez dans votre corps, dans vos émotions, dans vos pensées. Prenez note de ce qui compte le plus dans votre journée.

4. Ne cessez jamais d’apprendre : Essayez quelque chose de nouveau. Prenez ce cours de chant, de tango, de cuisine ou de dessin. Fixez vous un défi que vous aimeriez vous voir dépasser. Puis dépasser le.

5. Donnez de vous même : Faites quelque chose pour aider un ami, ou même un étranger. Souriez dans le métro. Soyez bénévole pour une association. Imaginez votre bonheur personnel comme inextricablement lié à celui de la communauté qui vous entoure. Rendre service active les régions du plaisir au plus profond du cerveau.

Etonnant qu’il faille une crise économique mondiale pour que des valeurs aussi simples et aussi éternelles trouvent leur place au sein du débat de société. Mais l’idéogramme pour « crise » en chinois ne veut il pas dire à la fois « danger » et « opportunité » ?

Bibliographie

New_Economics_Foundation, National Accounts of Well-being: bringing real wealth onto the balance sheet. 2009, New Economics Foundation: London, U.K.
www.nationalaccountsofwellbeing.org

2. Viveret, P., Reconsiderer la richesse. 2008, Paris: Poche.
 
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