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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Je soutiens les médecins anglais en guerre contre les gras «trans»
21/01/2010
Mots clés : graisses, gras trans
Au Royaume-Uni, les médecins de la UK Faculty of Public Health publient un «manifeste» : un appel à l’attention des pouvoirs publics, qui demande à éliminer les acides gras trans artificiels de l’alimentation des britanniques. Ces graisses transformées, repérables sur les étiquettes françaises sous l’appellation «huiles végétales hydrogénées ou partiellement hydrogénées», sont encore très largement utilisées par l’industrie agro-alimentaire, malgré le risque avéré pour notre santé.
 
Les 3.300 médecins anglais qui soutiennent l’Appel, publié le 18 janvier 2010, insistent sur le lien entre ces molécules et l’augmentation du taux sanguin de «mauvais» cholestérol, et aussi de l’inflammation des parois des artères responsables d’accidents cardio-vasculaires et de nombreux décès prématurés. Le Pr. Steve Field, président du Collège royal des médecins généralistes britanniques, déclare sans ambages que « les acides gras trans augmentent le risque d’avoir une maladie cardiaque et peuvent vous tuer. »

Ces graisses sont déjà interdites au Danemark, dans la ville de New York, en Californie, en Suisse et en Autriche. L'OMS estime également que ces acides gras trans artificiels devraient être bannis.

Je soutiens d’autant plus cet Appel de mes collègues que d’autres données sont connues depuis au moins 2008. Elles accusent clairement les acides gras trans dans de nombreux cas de cancer.

Ainsi, l’étude E3N auprès de 19,934 femmes de la MGEN (Mutuelle Générale de l'Education Nationale) menée par le docteur Françoise Clavel-Chapelon (Inserm-Institut Gustave Roussy) a démontré que les femmes ayant des taux élevés d'acide gras trans dans le sang ont un risque d'avoir un cancer du sein presque doublé par rapport aux femmes ayant le taux le plus bas [1]. Aux Pays-Bas, une étude a démontré que ces lipides étaient responsable de plus de décès chaque année que les accidents de la route ! [2]

Il est nécessaire d’agir sur plusieurs fronts. Il faut faire pression dans tous les pays, comme le font mes collègues anglais, pour que les firmes agroalimentaires remplacent ces graisses par d’autres. C’est tout à fait possible. Les industriels utilisent ces graisses pour leur faible coût et pour augmenter la durée de conservation des aliments, mais des alternatives existent. Aux Pays-Bas, en 10 ans, la proportion de ces graisses dans les aliments est passée de 6 à 1%.[3]

D’un autre côté nous pouvons sans attendre changer nos comportements. D’après un rapport très complet de l’AFSSA [4], il suffirait de diminuer notre consommation de produits laitiers (naturellement riches en acides gras trans), de choisir des viandes maigres et de se restreindre en biscuits, viennoiseries et pâtisseries industrielles. C’est un choix d’autant plus raisonnable que beaucoup des produits de panification n’ont pas vraiment d’intérêt nutritionnel.

On peut aussi faire la chasse aux acides gras trans sur les étiquettes, surtout pour les produits manufacturés comme les viennoiseries, pâtes feuilletées, pâtisseries, pommes de terre (dont frites), biscuits, plats préparés, margarine, sauces, soupes déshydratées, charcuterie, huiles, pain et biscottes.

Le dernier point concerne l’affichage obligatoire. Aujourd’hui il faut rechercher la mention «huiles végétales hydrogénées ou partiellement hydrogénées», car la loi n’oblige pas les producteurs à écrire «acide gras trans», ni même à donner leur proportion dans les produits. Les pouvoirs publics s’honoreraient à les obliger à informer les consommateurs.

[1] Am J Epidemiol. 2008 Jun 1;167(11):1312-20. Epub 2008 Apr 4.
Association between serum trans-monounsaturated fatty acids and breast cancer risk in the E3N-EPIC Study.

Chajès V, Thiébaut AC, Rotival M, Gauthier E, Maillard V, Boutron-Ruault MC, Joulin V, Lenoir GM, Clavel-Chapelon F.

[2] Nationaal_Kompas_Volksgezondheid, Verkeersongevallen. Omvang van het probleem. Verkeersongevallen naar leeftijd en geslacht, 2003-2007. 2004, Public Health Department, Netherlands.

[3] Cost-Effective Strategies for Noncommunicable Diseases, Risk Factors, and Behaviors
, Priorities in Health
Dean T. Jamison, Joel G. Breman, Anthony R. Measham, George Alleyne, Mariam Claeson, David B. Evans, Prabhat Jha, Anne Mills, Philip Musgrove, editors Washington (DC): IBRD/The World Bank; 2006

[4] AFSSA, Risques et bénéfices pour la santé des AG trans apportés par les aliments – recommandations. Avril 2005. p. 75-77
 
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