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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Le curcuma et le poivre noir contre les cellules souches du cancer
17/12/2009
Mots clés : curcuma, poivre noir
Une nouvelle étude montre que le mélange curcumine + pipérine limite la croissance des cellules souches du cancer du sein. Celles qui sont le plus difficiles à éliminer avec les traitements conventionnels.
 
A l’université du Michigan, mon amie Madhuri Kakarala est médecin, cancérologue, et docteur ès sciences. Mais elle est aussi nutritionniste. Affectée, comme moi, par un cancer au cours de ses dernières années de spécialisation (un cancer de la thyroïde de stade IV), elle mis tous ses talents de chercheuses et de clinicienne au service de son propre traitement. Elle est rapidement arrivée à la conclusion que les interventions nutritionnelles pouvaient grandement favoriser sa réponse au traitement.

Comme elle est aussi d’origine Indienne, elle s’est inspirée des traditions médicales et culinaires de son pays et a été fascinée par les effets prometteurs du curcuma dans la prévention et le traitement des cancers.

Ce mois ci, Madhuri a publié un article important sur l’effet du curcuma sur les cellules souches du cancer du sein. [1] Les cellules souches sont au centre d’une des théories qui explique que le cancer puisse récidiver malgré un traitement en apparence efficace. Même quand toutes les cellules cancéreuses ont été éliminées, quelques unes de ces cellules souches du cancer sont capables de former à nouveau des colonies entières de nouvelles cellules cancéreuses. Du coup, pour prévenir une récidive, il faudrait pouvoir éliminer ces cellules souches. Malheureusement, comme elles ne se divisent pas de façon active, la plupart des traitements existants contre les cellules cancéreuses (radiothérapie, chimiothérapie) ne sont pas efficaces contre les cellules souches. Tout un pan de la recherche de l’industrie pharmaceutique est consacré au développement de nouvelles thérapies pour cibler ces fameuses cellules souches.

A l’Université du Michigan, le laboratoire de Madhuri étudie depuis plusieurs années l’effet de la curcumine (une des substances les plus actives dans le curcuma), et de la pipérine (une substance active du poivre noir) sur le cancer du sein. Dans sa dernière étude, elle vient de démontrer que des concentrations de curcumine et de pipérine qu’on peut obtenir par l’alimentation ou les compléments alimentaires sont capables de faire disparaître les cellules souches du cancer du sein, sans induire de dommage aux cellules normales du sein. Il ne s’agit donc pas d’un effet de toxicité cellulaire comme celui des anticancéreux conventionnels, mais bien d’un effet ultra sélectif sur les cellules souches.

« Cette étude montre que ces composés ne sont pas toxiques pour le tissu normal du sein, » dit le Dr. Kakarala. « Les femmes qui sont à haut risque pour un cancer du sein aujourd’hui peuvent choisir de prendre un médicament comme le tamoxifene ou le raloxifene pour la prévention, mais la plupart des femmes ne les prennent pas parce que leurs effets secondaires sont trop importants. L’idée qu’un composé alimentaire puisse aider est attirante, et la curcumine et la pipérine semble avoir une toxicité très faible. »

De fait, la curcumine et la pipérine ont été le sujet de nombreuses autres recherches comme agents de traitement du cancer. Mais cette étude est la première à montrer que ces composés nutritionnels pourraient agir sur le cancer en ciblant les cellules souches.

De plus, des médicaments comme le tamoxifene ou le raloxifene n’agissent que sur les cancers sensibles aux estrogènes. En ciblant les cellules souches, la curcumine et la pipérine ont le potentiel d’être utiles dans un bien plus grand nombre de cancers du sein, particulièrement ceux qui ne sont pas sensibles aux estrogènes et qui sont souvent plus agressifs. En pratique, cette étude n’a pour l’instant été faite qu’en laboratoire sur des colonies de cellules dans des boites de Petri. Nous sommes encore loin d’une étude clinique qui permettrait de recommander de prendre du curcuma en gélules à des doses particulières pour certains types de cancer.

Toutefois, dans la mesure où les doses alimentaires de curcuma et de poivre noir ne sont quasiment jamais toxiques, il me semble parfaitement raisonnable de s’assurer de consommer régulièrement une cuiller à soupe de curcuma par jour (avec une pincée de poivre) dans sa cuisine, comme je le fais moi-même depuis des années maintenant.

1. Kakarala, M., et al., Targeting breast stem cells with the cancer preventive compounds curcumin and piperine. Breast Cancer Research & Treatment, 2009.
 
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