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DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
Les oméga-3s pourraient ralentir aussi la progression d’un des cancers solides les plus fréquents de l’enfant
Le 11/06/2010
Mots clés : oméga-3, cancers, enfant
Dans un nouvel article du International Journal of Cancer, des chercheurs de l’Institut Karolinska de Stockholm expliquent comment les acides gras oméga-3 semblent contribuer à la fois à la prévention du cancer et à l’inhibition de la croissance des cellules cancéreuses.
 
Dans cette étude publiée le mois dernier, les chercheurs suédois font la démonstration – chez des rats – que les cellules du neuroblastome (un des cancers solides les plus fréquents chez l’enfant), ne se développent pas autant quand les animaux sont nourris avec des doses importantes d’un acide gras oméga-3 à longue chaine, le DHA (acide docosahexaénoique).[1]

Pour mémoire, les trois principaux acides gras oméga-3 sont :
- L’ALA (acide alpha linolénique), qu’on trouve dans l’herbe, les plantes, les noix, les graines de lin et de colza, et les algues. Il est composé de 18 atomes de carbone et on l’appelle donc un acide gras oméga-3 « à courte chaine ».
- Une fois consommé par les animaux, les poissons en particulier, mais aussi les poules ou les vaches, ou les humains, l’ALA est transformé dans leur organisme en acides gras oméga-3 « à longues chaines » qui sont :
* L’EPA (acide éicosapentaénoique) avec 20 atomes de carbone, qui est abondant dans le poisson en particulier et à un effet anti-inflammatoire dans le corps et sans doute antidépresseur
* Le DHA (acide docosahexaénoique) avec 22 atomes de carbone, qui sert surtout à la constitution des membranes des cellules, particulièrement dans le cerveau, et à la stabilité des membranes du cœur.

Quand les animaux de l’étude consomment des quantités importantes de DHA avant d’être greffés avec un million de cellules de neuroblastome humain, plusieurs d’entre eux ne développent pas de tumeur du tout. Et pour la plupart des autres, les tumeurs qui se développent sont beaucoup plus petites que dans le groupe témoin dont le régime alimentaire n’est pas riche en DHA.

De la même façon, le DHA administré aux rats qui ont déjà développé un neuroblastome fait régresser le poids et le volume de ces tumeurs dans la plupart des cas.

Lorsqu’ils ont examiné la biologie des tumeurs, ils ont constaté que plus les tumeurs avaient incorporé de DHA dans leur tissu et plus elles avaient régressé. Par contre, les quelques tumeurs qui, pour des raisons encore mal comprises, n’avaient pas ou peu incorporé de DHA, n’avaient pas réduit de volume.

Les mécanismes évoqués pour expliquer ces résultats sont multiples :
- Le DHA incorporé aux tumeurs est rapidement oxydé et les cellules cancéreuses sont plus sensibles à l’oxydation que les cellules normales, ce qui induit leur mort.

- Dans l’organisme, le DHA est transformé en molécules biologiquement actives qui réduisent l’inflammation et l’angiogénèse dont les tumeurs ont besoin pour grandir.

- Une caractéristique des cellules cancéreuses est précisément qu’elles échappent habituellement à leur mort naturelle. Or le DHA agit sur les « signaux de transduction » au plus profond du métabolisme des cellules et en particulier sur ceux qui contrôlent la mort cellulaire naturelle (« apoptose »).

Les chercheurs du Karolinska font le lien entre leur étude chez les rats et la démonstration par une équipe américaine travaillant en Alaska que la fréquence des cancers est jusqu’à 10 fois inférieure chez les enfants eskimos dont le taux d’oméga-3 en général, et de DHA en particulier, est très supérieur, de part leur régime riche en poissons, à celui des enfants de la même région qui ont un régime occidentalisé.[2]

Attention cependant il s’agit d’une étude sur des animaux, qui doit être transposée chez l’homme avec précaution. Les doses utilisées étaient très significatives, puisqu’il s’agissait de 120 mg/Kg/jour à 2,1 g/Kg/jour. Pour un enfant de 10 kg, cela ferait entre 1,2 g et 21 g de DHA par jour. A ces doses élevées, il y a un risque d’effets secondaires, en particulier de problèmes digestifs (y compris diarrhées) et de troubles de la coagulation du sang (hypo-coagulabilité, avec risque de saignements).

La source la plus fréquente de DHA sont les huiles de poisson purifiées (débarrassées notamment des contaminants qui se fixent facilement dans la graisse des poissons d’eau froide) et traitées pour augmenter leur taux de DHA par rapport à la quantité d’EPA. Il est aussi possible aujourd’hui de trouver du DHA fabriqué par des algues et qui n’est donc pas d’origine animale, ce qui convient mieux aux végétariens.

Sources :

1. Gleissman, H., et al., Omega-3 fatty acid supplementation delays the progression of neuroblastoma. International Journal of Cancer, 2010. 9999(999A).

2. Lanier, A.P., et al., Childhood cancer among Alaska Natives. Pediatrics, 2003. 112: p. e396.
 
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