guerir.org : tout faire pour mieux guérir du cancer, et le prévenir
   
     Accueil › David Servan-Schreiber › Les chroniques de David Servan-Schreiber › De l'activité physique pour tous, que l'on soit malade ou en bonne santé
   
DAVID SERVAN-SCHREIBER
 
De l'activité physique pour tous, que l'on soit malade ou en bonne santé
Le 02/07/2010
Mot-clé : Activité physique
Les médecins du sport américains publient de nouvelles recommandations pour inciter à un minimum de 150 minutes d'activité physique modérée par semaine (ou 75 minutes d'activité intense). L'esprit de leur préconisation : que chacun évite l'inactivité, tout en respectant ses limites. Un conseil qui s'adresse explicitement aux malades ou anciens malades du cancer, pour qui les bénéfices de l'activité physique sont de plus en plus démontrés.
 
Afin de prendre en compte des études récentes sur le thème "cancer et activité physique", les meilleurs spécialistes de la médecine du sport américains ont constitué une table ronde, dont les travaux viennent d'être publiés dans le Journal Medicine & Science in Sports & Exercise, daté de juillet 2010 [1].

Leurs travaux ont débuté en juin dernier. Il n'existait pas dans le domaine de la cancérologie une synthèse des connaissances sur le sujet. Par comparaison, les cardiologues se sont organisés depuis longtemps pour pouvoir répondre à leurs patients de façon cohérente sur le type d'activité qu'il est possible ou souhaitable d'entreprendre après un infarctus par exemple.

En ce qui concerne le cancer, cet état des lieux très complet permet d'établir des recommandations adaptées aux différentes étapes de la vie du patient. Les auteurs ont pris en compte plus de 50 essais cliniques, qui montrent que l'exercice physique peut être pratiqué en tout sécurité et avec efficacité, et notamment pendant et après les traitements.

Il y a désormais suffisamment de données pour qu'on puisse détailler l'intérêt cancer par cancer. Les résultats concernent d'abord l'amélioration de la condition physique : la capacité de faire de l'exercice sans s'essouffler (capacité aérobique), la souplesse, la puissance musculaire et la corpulence (réduction de l'Indice de Masse Corporelle).

Mais les patients ne sont généralement pas dans une démarche de performance sportive. Ce qui est plus intéressant pour eux, c'est que l'exercice apporte également des progrès en terme de qualité de vie dans le contexte de la maladie : amélioration du confort quotidien, réduction de la fatigue et le l'anxiété, amélioration de l'image de soi.

Enfin, des études montrent que la maladie est mieux combattue par ceux qui pratiquent une activité physique régulière.

Les médecins du sport américains appellent donc à une prise en compte systématique de l'activité physique pour le cancer, dans un cadre adapté, de la même façon que la rééducation cardiaque après infarctus fait partie de l'arsenal thérapeutique des cardiologues. Cela suppose une formation des cancérologues pour qu'ils puissent orienter et conseiller leurs patients en toute sécurité, mais également une véritable offre d'activité sportive adaptée, mise en œuvre par des professionnels formés aux spécificités de la personne qui vit avec un cancer. D'ores et déjà, la Fondation du cycliste Lance Armstrong a lançé un programme spécifique.

En France des associations innovantes comme celle du Dr. Thierry Bouillet et de Jean-Marc Descotes (Cancer Arts Martiaux Informations - CAMI) se développent. La CAMI propose de découvrir le karaté après les traitements. Elle forme actuellement plusieurs professeurs diplômes d'Etat à une spécialisation en sport adapté. C'est une initiative magnifique que je soutiens de tout mon cœur. Thierry Bouillet, que je cite dans mon livre, est parmi le premiers à avoir montré que bouger son corps améliorait la qualité de vie, mais également diminuait les rechute et augmentait la survie.

A tous les patients concernés par le cancer, la société doit cesser de proposer exclusivement un repos forcé qui ne leur rend pas service.

Plus largement, nous devons prendre conscience que la qualité de vie n'est pas synonyme d'immobilité, bien au contraire. L'année dernière [2], l'obésité à continué de progresser dans 28 Etats d'Amérique du Nord. Dans le Mississippi, plus d'un tiers des adultes sont désormais obèses.

L'Europe et les pays en développement suivent le même chemin. A chaque nouvelle population qu'il touche, le style de vie sédentaire, combiné à une alimentation riche en gras et en sucres montre ses effets désastreux sur la santé. Une nouvelle étude [3] sur 424 500 adultes en Asie et en Océanie montre, sans surprise hélas, que là-bas également, les personnes obèses augmentent de 20% leur risque d'être frappées par le cancer.

Malgré toute sa technicité, la médecine conventionnelle ne suffira pas à éteindre cet incendie. C'est à chacun de se prendre en main pour changer de style de vie.

A tous, rendez-vous a la fin de l'été.

Sources :

1. Kathryn H. Schmitz et al., “American College of Sports Medicine Roundtable on Exercise Guidelines for Cancer Survivors,” Medicine & Science in Sports & Exercise 42, no. 7 (7, 2010): 1409-1426.
http://journals.lww.com/acsm-msse/Fulltext/2010/07000/American_College_of_Sports_Medicine_Roundtable_on.23.aspx%29

2. D'Ippolito, A. Pediatrics, May 2010; vol 125, no 5. "F as in Fat: How Obesity Threatens America's Future 2010."
http://healthyamericans.org/reports/obesity2010/

3. Dr Christine L Parr et al. Body-mass index and cancer mortality in the Asia-Pacific Cohort Studies Collaboration: pooled analyses of 424 519 participants The Lancet Oncology, Early Online Publication, 30 June 2010 doi:10.1016/S1470-2045(10)70141-8
http://www.thelancet.com/journals/lanonc/article/PIIS1470-2045%2810%2970141-8/fullt
 
>> Voir toutes les chroniques de David Servan-Schreiber
   
   
Contact       Mentions légales       FAQ       Liens utiles       Partenaires       Comité de surveillance       HON