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La maladie a-t-elle un sens ?celine
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Psychothérapie Guerison Chirurgie Cancer Janssen C’est la question que se pose Thierry Janssen, chirurgien devenu psychothérapeute, spécialisé dans l’accompagnement des patients, dans son dernier livre. Entretien.
Lorsque nous tombons malades, notre corps est atteint, mais pas seulement. Notre moral est lui aussi affecté et nos relations avec les autres en sont influencées. Nos maladies sont rarement le résultat d’une seule cause mais la conséquence d’un ensemble de facteurs : héréditaires, alimentaires, toxiques, infectieux, environnementaux, et aussi des facteurs psychologiques, du stress chronique. Les anglo-saxons utilisent plusieurs mots pour traduire la complexité du phénomène de la maladie. Disease, tout d’abord, qui désigne l’affection, la pathologie que la science tente de comprendre, de diagnostiquer et de soigner en lui attribuant un « sens biologique ». Illness, ensuite, qui correspond au malaise, au vécu subjectif du patient, et l’incite à attribuer un « sens symbolique » à son expérience douloureuse. Ce « sens symbolique » est très important car il permet à chacun d’inscrire sa maladie dans le cours de son existence, en fonction du passé, du présent et, surtout du futur que l’on espère. Malheureusement, la médecine moderne et scientifique ne s’intéresse qu’au « sens biologique » de la maladie. A l’instar de la civilisation qui lui a donné naissance, elle a évacué la question du « sens symbolique » de nos maux. C’est regrettable car, face au chaos provoqué par la maladie, ce « sens symbolique » permet de retrouver des repères. Or, nous savons aujourd’hui d’un point de vue scientifique que l’espoir est indispensable pour survivre et pour guérir. Enfin, les anglo-saxons recourent au mot sickness pour qualifier la maladie en tant que phénomène collectif qui interroge et implique la responsabilité toute la communauté. En donnant un certain sens à la maladie, ne risque t-on pas de tomber dans l’excès du tout psy et être persuadé que l’on s’est « fabriqué » son cancer ?Au début du XXème siècle, face à la caricature d’une médecine qui ne soignait le corps que comme un objet, certains médecins, influencés par les théories de Freud, ont proposé de revoir l’être humain comme un individu indivisible, un être corps-esprit. Ainsi est née la médecine psychosomatique. Certains penseurs de la psychosomatique ont été jusqu’à affirmer que toutes les maladies avaient une origine psychologique, voire même exclusivement psychologique. De nos jours, un nombre croissant de patients sont séduits par ces théories du « tout psy ». Peut-être parce que la médecine moderne et technologique les effraie, d’autant plus que souvent les malades reçoivent peu d’explications à propos de traitements qu’ils doivent subir. Imaginer que l’on est tombé malade suite à un problème psychologique, un traumatisme émotionnel ou un conflit psychique, laisse penser que l’on pourra guérir si l’on parvient à régler ce problème psychologique. Un profond désir de toute-puissance réside en chacun de nous. Mais la maladie est rarement le résultat d’une seule cause. Elle nous demande l’humilité de reconnaître la complexité du phénomène et la sagesse d’accepter que certaines de ses causes nous échappent. Le danger des théories du « tout psy » est de finir par culpabiliser les malades. Ainsi, j’ai rencontré des patients atteints du cancer persuadés qu’ils n’avaient pas guéri à cause du fait qu’ils n’étaient pas parvenu à comprendre la (supposée) cause psychologique de leur maladie. C’est absurde. Il faut dire que le réflexe de la culpabilité se déclenche rapidement face à la maladie. Car face à ce coup de tonnerre dans le ciel serein de notre existence, l’enfant en nous se dit que forcément il a commis une faute. C’est un sentiment erroné mais tellement humain. Paradoxalement, bon nombre de personnes qui ont eu un cancer disent que la maladie a donné un sens à leur vie.Le cancer est une maladie qui nous rappelle que la vie n’est pas sans fin. Du coup de nombreux patients atteints d’un cancer s’interrogent sur leur existence, redéfinissent leurs priorités, veulent vivre chaque instant en lui attribuant une valeur précieuse. La vie n’a de valeur que si nous acceptons de nous souvenir que nous allons mourir un jour. Au cours de séances de travail en groupe que je propose aux malades, j’ai été très interpellé par le fait que de nombreux patients atteints du cancer cherchent leur guérison en tentant de « redévelopper » des qualités humaines qui les mettent en lien avec la vitalité qui est en eux. Ils veulent alors arrêter de survivre pour, enfin, vivre. Ils veulent exister dans la fluidité de leur corps et de leurs pensées ; dans la confiance en eux-mêmes, aux autres et en la vie. Et, surtout, ils souhaitent mener le reste de leur existence avec cohérence, sans plus trahir ce qu’ils pensent par ce qu’ils disent ou ce qu’ils font. La maladie est donc pour ces personnes l’opportunité d’un retour à l’essentiel, une sorte de « cadeau » comme disent certains patients. La maladie est une crise et, comme toutes les crises, elle est à la fois un danger et une chance. Le danger serait de ne pas comprendre les causes qui nous ont menés à la crise et, donc, de nous y enfoncer. La chance est l’occasion de comprendre les origines de notre mal et de transformer ces causes pour guérir notre corps ; et si cela n’est pas toujours possible, pour guérir sa vie. Comment explique t-on que l’espoir aide à la guérison ?On sait grâce aux études de la psycho-neuro-endocrino-immunologie – une discipline médicale qui cherche à comprendre les liens entre les différentes composantes de l’être humain, que nos pensées et nos émotions ont des répercussions immédiates sur la santé de notre corps. Ainsi, le simple fait d’entretenir des pensées négatives active la partie antérieure de notre cerveau droit (le cortex préfrontal droit), génère des émotions désagréables comme la peur, l’anxiété ou la colère, et stimule le système nerveux autonome sympathique – le système du stress – qui met le corps en tension pour répondre à ce qui a déclenché les pensées négatives et les émotions désagréables. Il s’en suit une sécrétion d’hormones comme l’adrénaline et le cortisol qui, si elles sont sécrétées en trop grandes quantités et trop longtemps, finissent par fragiliser, affaiblir voir même abîmer notre organisme. En revanche, si nous pouvons développer des pensées positives, c’est le cortex préfrontal gauche qui s’active, nous éprouvons des émotions agréables comme la joie ou l’enthousiasme. Automatiquement, l’autre partie de notre système nerveux autonome – le système parasympathique – se met en branle. Il s’en suit un relâchement de nos tensions, la mise en route de mécanismes de réparation et de régénération et l’activation de défenses immunitaires, en particulier les fameuses cellules NK (natural killer cells) qui se comportent comme des gendarmes en permanente recherche de cellules anormales dans notre corps : des cellules infectées par des virus ou des bactéries et des cellules cancéreuses. Entretenir des émotions positives comme l’espoir est donc indispensable pour contrebalancer l’effet délétère de notre stress. C’est pour cela que nous avons besoin d’attribuer un sens à nos expériences… L’espoir qui s’en suit nous permet de survivre… de vivre en bonne santé… Ou d’aider à notre guérison. La maladie a-t-elle un sens ? – enquête au-delà des croyances (Fayard 2008) Céline Dufranc
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