L’après cancer : Quand guérison « physique » et guérison « psychique » ne sont pas synchrones
Posté le 28/04/2008 par
celine
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Mot-clés:
guérir psycho-oncologie cochin
Pour bon nombre de malades, il y aura toujours un «avant »
et un « après » cancer, car la guérison du cancer ne signifie pas toujours
la guérison du sujet. Pour le patient qui doit effectuer un véritable
sevrage de « l’ère cancéreuse », cet « entre-deux » est particulièrement
inconfortable.
« Guérie, vous êtes guérie ! ». « Depuis que mon cancérologue m’a annoncé que j’étais en rémission, c’est drôle, mais je ne me sens pas vraiment guérie », avoue Anna, 45 ans. Je ne supporte pas de m’entendre dire qu’il faut tourner la page ! Tourner la page ? Facile à dire quand vous venez de frôler la mort et qu’une épée de Damoclès pèse au-dessus de votre tête».
Devenir un autre
Définie par l’OMS comme un état de complet bien-être physique, mental et social », la guérison est la disparition des signes et symptômes d’une maladie et le retour à la santé ». Reste que la guérison est une notion qui ne va pas de soi. Le « sentiment » de guérison, particulièrement subjectif, dépend pour beaucoup de l’impact psychologique qu’a eue la maladie sur le sujet. « Il y a la guérison somatique, mais aussi la guérison psychique et sociale, analyse le Dr Isabelle Moley-Massol, psychanalyste et psycho-oncologue à l’hôpital Cochin. De nombreux malades déclarés guéris par les médecins, ne se sentent pas psychiquement guéris car ils ne se ressentent pas « comme avant ». Il n’y a jamais un retour à l’état antérieur ». Tous les malades éprouvent un sentiment de vulnérabilité après un cancer qui mettra beaucoup de temps à s’estomper. Bien qu’il n’existe pas une seule façon de vivre après un cancer et que la qualité de vie dépend de la définition de chacun, ces malades auront souvent besoin d’un accompagnement psychologique pour guérir psychologiquement de la violence de l’annonce ou du vécu de la maladie. La guérison psychique passe, sans doute, par le renoncement d’un état antérieur à la maladie et la construction d’un être transformé par elle, non à l’identique, mais biologiquement guéri.
Etre guéri et se comporter comme un malade
Particulièrement troublante, « la période de rémission, où tout indique que la maladie est absente, mais où il faut poursuivre la surveillance généralement durant 5 ans. Le malade est dans un état confus, de non maladie. Tout se passe comme s’il était guéri, mais on reste aux aguets ». « De nombreuses patientes rencontrées au cours de mes consultations sont littéralement obsédées par le verdict de leurs examens de contrôle », renchérit le Dr Thierry Janssen. Elles ne vivent pas, elles survivent ». « L’épreuve du cancer se traverse », poursuit le Dr Moley-Massol. Bon gré, mal gré. « Si certains la vivent comme une renaissance, avec un désir et un goût de la vie exaltés, d’autres restent dans le traumatisme de l’annonce de la maladie, des traitements, et ne parviennent pas à dépasser ce choc émotionnel. La violence de ce vécu peut s’exprimer des années après l’événement, comme dans tout traumatisme psychique ». Le cancer, et la sentence de mort qu’il induit, loin de laisser indemne, agit parfois comme une bombe à retardement.
Celine Dufranc Photo: © Aaron Kohr - Fotolia.com
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