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Syndrome de Lazare: quand échapper à la mort devient un poids trop lourd

celine Arobaz Envoyer par mail
Guérison Déprime Après cancer

Syndrome de Lazare: quand échapper à la mort devient un poids trop lourd

D’après la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, en 2003, le cancer aurait favorisé des troubles psychiatriques chez 47 % des patients, principalement des troubles de l’adaptation (39 %), des troubles dépressifs (12%) ou des réactions anxieuses (6%). Certaines études vont même jusqu’à parler de syndrome de stress post-traumatique (SSPT).

Rescapés d’une mort certaine, ils ne parviennent plus à se sentir tout à
fait en vie. « Le syndrome de Lazare se rencontre après un cancer ou une
catastrophe qui a mis en jeu la vie de la personne », explique le Dr
Moley-Massol. C’est le syndrome du survivant. Il se caractérise par une
symptomatologie anxieuse et dépressive et se définit par une impossibilité
de renouer un lien harmonieux avec les autres, son environnement, son
existence. La personne est médicalement guérie, mais elle vit dans une
grande détresse émotionnelle. Plusieurs hypothèses sont posées autour de ce
syndrome, qui semblent se combiner dans la réalité. Le sujet guéri doit
réintroduire le monde des bien-portants, alors qu’il s’est pensé perdu, que
les autres ont pu le considérer comme pouvant mourir, et il ne reconnaît
plus sa place dans ce monde qu’il trouve changé. En réalité ce n’est pas
l’environnement qui a changé, mais lui-même.

Pour dépasser cette étape douloureuse, il devra parvenir à reconstruire une
autre image de lui-même et une nouvelle représentation de son avenir et de
sa relation aux autres ; c’est un travail de deuil, le deuil soi-même, qui
inclut à la fois le renoncement, mais aussi de façon positive, l’élaboration
et la reconstruction.

Le deuxième facteur qui intervient est ce que l’on pourrait appeler un
syndrome de sevrage par rapport au monde médical qui agit comme un véritable
substitut maternel. Le patient guéri n’est plus soumis aux soins, à
l’attention de l’équipe médicale. Il en ressent une forme d’abandon,
inconsciente, et une grande vulnérabilité.

Enfin la fin des traitements, c’est aussi le moment, où après la tension des
traitements, tout entièrement préoccupé par son corps, le malade s’autorise
à relâcher cette tension et c’est toute sa détresse contenue, sa souffrance
qui s’expriment.

Autant d’éléments qui font que le syndrome de Lazare ou la phase dépressive
qui accompagnent souvent la rémission ou la guérison doivent être décrites
au patient pour éviter qu’il ne culpabilise de vivre cette période de
désarroi alors qu’il devrait se « réjouir ». Il faut aussi l’expliquer aux
proches, car durant ces périodes, une incompréhension majeure peut
s’instaurer dans les familles entre le malade en réaction dépressive et
l’entourage qui préfèrerait ne plus entendre parler de la maladie ».

Mais c’est loin d’être aussi simple car là encore, la guérison n’est pas
l’oubli. « La maladie laisse toujours sa marque mais celle-ci peut devenir
une force quand elle mobilise les ressources les plus profondes du psychisme
du sujet, ses désirs et ses pulsions de vie. Et si guérir d’un cancer,
c’était renaître à soi-même en acceptant d’avoir traversé l’épreuve et d’en
être transformé ? », conclut-elle.

Car il y a une vie après le cancer. Ni tout à fait la même, ni tout à fait
une autre.


Celine Dufranc



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