Syndrome de Lazare: quand échapper à la mort devient un poids trop lourd
Posté le 07/05/2008 par
celine
Envoyer par mail
Mot-clés:
Guérison
Déprime
Après cancer
D’après la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, en
2003, le cancer aurait favorisé des troubles psychiatriques chez 47 % des
patients, principalement des troubles de l’adaptation (39 %), des
troubles dépressifs (12%) ou des réactions anxieuses (6%). Certaines études
vont même jusqu’à parler de syndrome de stress post-traumatique (SSPT).
Rescapés d’une mort certaine, ils ne parviennent plus à se sentir tout à fait en vie. « Le syndrome de Lazare se rencontre après un cancer ou une catastrophe qui a mis en jeu la vie de la personne », explique le Dr Moley-Massol. C’est le syndrome du survivant. Il se caractérise par une symptomatologie anxieuse et dépressive et se définit par une impossibilité de renouer un lien harmonieux avec les autres, son environnement, son existence. La personne est médicalement guérie, mais elle vit dans une grande détresse émotionnelle. Plusieurs hypothèses sont posées autour de ce syndrome, qui semblent se combiner dans la réalité. Le sujet guéri doit réintroduire le monde des bien-portants, alors qu’il s’est pensé perdu, que les autres ont pu le considérer comme pouvant mourir, et il ne reconnaît plus sa place dans ce monde qu’il trouve changé. En réalité ce n’est pas l’environnement qui a changé, mais lui-même.
Pour dépasser cette étape douloureuse, il devra parvenir à reconstruire une autre image de lui-même et une nouvelle représentation de son avenir et de sa relation aux autres ; c’est un travail de deuil, le deuil soi-même, qui inclut à la fois le renoncement, mais aussi de façon positive, l’élaboration et la reconstruction.
Le deuxième facteur qui intervient est ce que l’on pourrait appeler un syndrome de sevrage par rapport au monde médical qui agit comme un véritable substitut maternel. Le patient guéri n’est plus soumis aux soins, à l’attention de l’équipe médicale. Il en ressent une forme d’abandon, inconsciente, et une grande vulnérabilité.
Enfin la fin des traitements, c’est aussi le moment, où après la tension des traitements, tout entièrement préoccupé par son corps, le malade s’autorise à relâcher cette tension et c’est toute sa détresse contenue, sa souffrance qui s’expriment.
Autant d’éléments qui font que le syndrome de Lazare ou la phase dépressive qui accompagnent souvent la rémission ou la guérison doivent être décrites au patient pour éviter qu’il ne culpabilise de vivre cette période de désarroi alors qu’il devrait se « réjouir ». Il faut aussi l’expliquer aux proches, car durant ces périodes, une incompréhension majeure peut s’instaurer dans les familles entre le malade en réaction dépressive et l’entourage qui préfèrerait ne plus entendre parler de la maladie ».
Mais c’est loin d’être aussi simple car là encore, la guérison n’est pas l’oubli. « La maladie laisse toujours sa marque mais celle-ci peut devenir une force quand elle mobilise les ressources les plus profondes du psychisme du sujet, ses désirs et ses pulsions de vie. Et si guérir d’un cancer, c’était renaître à soi-même en acceptant d’avoir traversé l’épreuve et d’en être transformé ? », conclut-elle.
Car il y a une vie après le cancer. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre.
Celine Dufranc
Derniers articles
par
celine
|
Donnez votre avis
Vous devez être connecté pour pouvoir réagir :
Vous n'avez pas de compte ? Faites partie de la communauté Guerir.org : Ouvrir un compte