Un médecin dans la tourmente de son propre corps : soigner autrement après la maladie
Posté le 27/05/2008 par
raissa
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La blouse blanche ne protège pas du cancer. Même quand on est cancérologue. Le médecin Pascal Hammel, gastro-entérologue spécialisé dans le traitement des cancers de l’appareil digestif, en a fait l’impitoyable et pourtant combien enrichissante expérience.
Epreuve pour épreuve, c’est en explorateur confiant qu’il entamera ce voyage au pays de son corps, avec son lot assumé de risques et de doutes. Malgré tout, il reconnaît aujourd’hui avoir gagné plus que la guérison : en liberté pour lui-même et, pour ses patients, en subtilité dans l’art de soigner.
« Aujourd’hui, quand les gens entrent dans mon cabinet complètement paniqués, je mets une immense énergie à les rassurer et à positiver. Certains me disent : « Docteur, je n’ai pas fumé, je n’ai pas bu, et j’ai un cancer, je n’ai vraiment pas de chance alors que mon voisin… Alors, je leur explique que leur mode de vie leur a permis sans doute de retarder l’apparition de ce cancer et qu’ils sont mieux armés pour y faire face grâce à leur bonne hygiène de vie. »
Le docteur Hammel est devenu particulièrement attentif au poids des mots : il pose d’abord des questions, plutôt que d’asséner des informations : « qu’avez-vous compris de votre maladie ? Qu’en savez-vous ? Qu’en pensez-vous ? Je tiens beaucoup à dédramatiser, je ne donne jamais l’impression d’être inquiet. Tout problème a sa solution. Je recentre sur le souci du moment : si vous avez mal, il y a des antalgiques, si vous ne savez comment annoncer la nouvelle à votre famille, je peux la rencontrer, je peux écrire une lettre à votre employeur, je peux organiser des soins à domicile, toutes ces choses qui rendent la vie plus facile. »
Passé de l’autre côté de la perfusion, le médecin réalise combien le temps d’attente du résultat d’un examen peut être anxiogène. Alors il prend le temps d’expliquer un délai : « un bon diagnostic nécessite plusieurs lectures : un scanner passe dans les mains d’un interne, d’un spécialiste puis est examiné et commenté en réunion pour plus de certitude. Certaines cliniques remettent un résultat à l’intéressé dans une enveloppe, sans explication, cela peut avoir des effets catastrophiques et se payer très cher. »
Le Dr. Hammel est très sensible à ce que le patient se sente en sécurité dans un protocole thérapeutique : « si la première cure n’a pas donné les résultats escomptés, le patient doit savoir d’avance qu’il y a d’autres solutions. Si un médicament a été mal supporté, c’est pareil. Ce n’est pas la peine de serrer les dents inutilement. »
Sans oublier de prendre en considération les ressources personnelles des patients : la foi, la musique, l’amitié, l’émotion, le plaisir. Encourager le patient vers toujours plus d’audace et d’autonomie. Au fond, que demanderait la maladie au patient si elle savait parler notre langue? Et être entendue ? Gagnez de la liberté sur votre vie et demandez-vous souvent si ce que vous faites est bon pour vous. Autant de propos vivifiants dans ce récit honnête, chaleureux et pudique.
Raïssa Blankoff Journaliste Pascal Hammel, Guérir et mieux soigner. Un médecin à l’école de sa maladie. Chronique d’un cancer . Fayard, 2008.
Photo: Olivier Corcos
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